On n’est pas à un paradoxe près.
Depuis le temps (une petite cinquantaine d’années environ) que les médias et la vox populi propagent des dictons du style « Maire à PLU, maire battu » 😉 , ou plus prosaïquement « Maire bâtisseur, maire battu » , on s’était habitués à ce que personne ne se revendique de l’acte de bâtir avant des élections locales.
Oui mais voilà, l’étang change comme le savent bien toutes les grenouilles !
Et la saison du retour en grâce du logement semble pointer le bout de son nez.
C’était quasiment inéluctable, voire mathématique : avec la difficulté à se loger due à la raréfaction du nombre de logements décents disponibles, l’objet logement redevient désirable pour le plus grand nombre.
Oh, bien sûr, on trouvera bien quelques indigènes peu désireux de voir une grue s’implanter sur le terrain d’à côté ou quelques grincheux pour dire que c’était mieux avant.
Mais…
Mais, au-delà du réflexe malthusien de court terme, il devient globalement moins difficile de faire valoir l’intérêt du développement de l’offre résidentielle.
Un petit logement pour les enfants pendant leurs études à distance, un premier appartement pour quitter le nid avec sa Dulcinée, un foyer cosy pour accueillir l’amorce d’une progéniture nécessairement nombreuse 😉 ou un appartement adapté pour faciliter le rapprochement et l’entraide envers les aînés entrant dans le 4ème âge.
Et non, pas l’âge de pierre, pour ça, c’est CRO qui s’en occupe ! Non mais… 😉
Diversité, divers cité, dis vers cité ?
Bref, il faut de tout pour faire un monde et il faut un peu de tout – en matière de logement – pour aborder la variété des situations familiales dans le grand mouvement du monde et de l’évolution des trajectoires individuelles !
Et c’est comme ça que l’on arrive parfois à se trouver face à des élus ouverts – voire enthousiastes – à l’idée de faire évoluer la structure du tissu urbain et l’image de leur commune.
Vous ne pouvez pas savoir à quel point ça fait du bien de ne pas se sentir montré du doigt, de temps en temps ! 🙂
Sur le terrain, la situation devient donc bien plus contrastée, entre des territoires « à l’ancienne » réfractaires, allergiques, hyper protecteurs du citoyen déjà en place et des espaces au sein desquels l’évolution et le dialogue trouvent toute leur place. Publique.
Cette ambiance se retrouve d’ailleurs assez souvent dans le contenu des professions de foi des élections municipales.
Alors qu’il y a 6 ans chaque candidat à l’élection suprême (de volaille, s’agissant d’élections très locales 🙂 ) stigmatisait l’acte de construire et s’enorgueillissait par avance de sa décision de mettre fin à l’urbanisation (avec des mots clés comme bétonisation, promoteurs…), on retrouve cette fois-ci fréquemment des ambitions de proposer du logement (mais aussi de la santé avec des médecins très recherchés) pour faciliter le quotidien de ces chers administrés, par ailleurs électeurs bien sûr ! 😉
De là à affirmer que le si courant syndrome NIMBY (Not in my back yard, pas dans mon arrière cour) soit en voie d’extinction, n’exagérons pas ; mais que ce refus de voir arriver dans son voisinage immédiat un projet immobilier puisse régresser et ne pas être pris en compte par l’élu comme l’alpha et l’oméga de la politique locale du logement… c’est déjà beaucoup !
Et on adorerait s’y habituer… 🙂
Demandez le programme : immobilier ?
Pour illustrer l’idée, soyons, un tout petit peu, dans l’exagération, voire dans la mauvaise foi bonhomme.
En écoutant un mini dialogue entre nos potes, Dimitri (Sellektif) et Gérard (Menvussa) :
Dimitri : tiens, salut Gérard, tu sais déjà pour qui tu vas voter, Dimanche ?
Gérard : salut Dimitri, heu, je n’ai pas encore lu tout ce fatras de papiers reçus dans la semaine. Tu as fait l’effort ?
Dimitri : oui, oui, je commence à y voir clair. De notaire.
Gérard : hein ? De notaire ?
Dimitri : ben oui, je vais aller voir mon notaire ; pour qu’il me conseille, parce que pour signer un acte, il faut passer devant un notaire.
Gérard : mais tu me parles de quoi là, un passage à l’acte ? Tu veux trucider quelqu’un ? Faire un holdup ?
Dimitri : mais non, bougre d’âne, si tu avais lu, tu saurais qu’il va y avoir deux nouveaux programmes immobiliers en plein centre, et je me demande dans lequel il serait le plus opportun d’investir. D’où le notaire !
Gérard : ah, j’aime mieux ça ; mais ils sont où ces projets ?
Dimitri : il y en a un à côté de la mairie, derrière la maison à Nico et l’autre à près de l’église, juste contre la maison de Nénette.
Gérard : oh, les pauvres, et ils en disent quoi ?
Dimitri : ben, Nico se fait refaire son mur de clôture par le promoteur et Nénette va se marier avec Nico et vendre sa maison à un autre promoteur pour qu’il puisse faire la deuxième tranche en suivant !
Gérard : argh, tu m’assieds.
Dimitri : ah, je t’ai scié ? Remets toi vite, mon Gégé, il faut vivre avec son temps.
Gérard : et le maire là dedans, il en dit quoi ?
Dimitri : mais il applaudit des deux mains, le maire. De nouveaux commerces en pied d’immeuble, des logements sociaux, des logements locatifs privés, des accédants à la propriété pour les gens du coin avec une phase de pré vente en local. Il est à fond pour !!!
Gérard : mais n’importe quoi ! Il ne connaît pas le dicton « maire bâtisseur, maire battu » ???
Dimitri : ahahahahah, arrête mon Gégé, t’es trop drôle ! Comment tu veux qu’il soit battu ?
Gérard : ben, par tous ceux qui ne veulent rien changer, les tenants du NIMBY, quoi ! Les anciens, les diplodocus, les gens comme moi, par exemple !
Dimitri : mais Gégé, il ne peut pas être battu, le maire ! Il n’y a qu’une seule liste, Dimanche ! 🙂
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Bon, c’est vrai. Il est vrai que certaines circonstances peuvent aider à être plus courageux. 🙂
Mais, néanmoins, les lignes bougent. Doucement mais sûrement.
Et elles continueront à bouger, surtout si on donne aux jeunes toutes les armes pour bien défendre leurs intérêts dans la vie. 🙂
Et ça commence très tôt !

Avec ça, on est bien partis… Mais pas sûrs d’arriver ?
Ceci n’étant qu’une péripétie, car comme le disait le sage Confucius : « si tu n’es pas sûr d’être bien parti et que tu ne sais pas quand et où tu vas arriver… essaye au moins d’apprécier le paysage ! » .
C’est sûr, le chemin, c’est ce qui compte le plus.
Et il nous en reste encore à faire ! 🙂
Au moins jusqu’à la semaine prochaine.
7 jours à apprécier comme il se doit. Dans l’œil ? 😉