La simplicité au service du logement ?

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« Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? » ; vous l’avez déjà entendue, cette expression, n’est-ce pas ?

Au-delà de l’ironie qu’elle véhicule, elle est hélas bien souvent le reflet d’une réalité du quotidien.

Réalité à laquelle le petit monde du logement neuf a du mal à échapper.

De fait, notre chère administration, par exemple… 🙂 , adore compliquer le jeu et inventer des usines à gaz plutôt que le fil à couper le beurre.

En anticipant les réglementations européennes, en les surinterprétant, en les durcissant, en voulant faire de la France l’étendard de la vertu normative éclairant le monde.

Alors qu’au lieu d’éclairer pleins phares, on ferait mieux de la mettre en veilleuse !

Ca, au moins, on en aurait les moyens… 😉

 

Autant le dire tout de suite, faire simple n’est pas faire simplet.

Et faire compliqué n’est pas faire efficace. Ni beau, en tout cas pas à chaque fois.

D’autant que la complexité de la règle, souvent cachée dans les méandres de textes abscons au détour d’un labyrinthe juridique, éloigne son application de la compréhension du commun des mortels.

Tout le monde ne peut pas faire du Droit pour ne pas tout faire de… travers ? 🙂

La règle : droite ou tordue ?

C’est pourtant la première évidence : pour bien mesurer l’efficacité d’une règle, mieux qu’elle soit droite !

Parce qu’une règle tordue, pour mesurer quoi que ce soit, ça complique considérablement le temps de la prise de mesures et le calcul en cumul de la valeur globale : un segment droit, puis un arc de cercle puis encore un bout droit puis une sinusoïde… 🙂

Bref, une règle simple, droite et compréhensible spontanément par le plus grand nombre, c’est quand même mieux qu’un machin tordu, inutilement complexe et prenant la poussière  sur l’étagère des incongruités officielles et néanmoins stupides faisant parfois la fierté de la République.

Avez-vous par exemple essayé de recenser tous les dispositifs, quelle qu’en soit la nature, ayant trait au logement ?

Pour un résultat aussi consensuellement pourri ramené à la satisfaction du besoin en logement pour nos concitoyens (que l’on en parle en termes quantitatifs ou d’accessibilité financière) ?

Allez, un petit bout de liste (non exhaustive) pour illustrer le propos :

    • PTZ
    • PLI
    • PLS
    • PAS
    • Denormandie
    • LMNP
    • Loc’Avantages
    • LLI
    • Dispositif Jeanbrun (alias statut du bailleur privé)
    • Malraux
    • BRS
    • Zones ANRU et QPV
    • PLAI
    • PLUS
    • … ? Et un raton laveur ?

Notre écosystème logement a ainsi plus de satellites que le soleil et pourtant il est nettement moins brillant !

Faut dire aussi, côté efficacité, c’est là qu’on l’a mis en veilleuse ! 😉

Secouage de cerveau en ministère (*)

(*) Brainstorming, en anglais 😉

Ministère, hein, pas mini stère, avec tous les bûcheurs des cabinets qui font feu de tout bois, le rendement serait faible… 😉

Ah, CRO est comme vous, et s’est toujours demandé comment certains textes ou dispositifs pouvaient voir le jour en étant aussi mal fichus et inefficaces.

Et aujourd’hui, CRO est content ! 🙂

Il a percé à jour le mystère (mais pas le ministère…) de la création !

Alléluia !!!

Par la grâce de deux employés modèles de la nation, hantant les couloirs de la haute administration du logement et de Bercy, les bien nommés Gérard Menvussa et Dimitri Sellektif.

Dimitri : salut Gérard, quoi de neuf à Bercy ?

Gérard : le grand sachem a reçu l’ordre du premier ministre de créer un nouveau produit pour permettre aux ménages modestes d’accéder à la propriété dans de meilleures conditions.

Dimitri : et tu es là pour ?

Gérard : ben, c’est quand même toi qui bosses au ministère du logement, hein, faut qu’on mouille la chemise ensemble pour dessiner le nouveau dispositif, mon grand !

Dimitri : popopopopo ! Non ? Pour une fois qu’on est sollicités à l’initiative de Bercy ! J’en suis baba !

Gérard : euh, n’exagère quand même pas ! C’est pas parce qu’on a fait l’ENA ensemble que tu dois dire n’importe quoi… Pas « à l’initiative de Bercy » , vu que c’est le 1er ministre qui l’a ordonné ; plutôt « avec le concours bienveillant de Bercy » , nuance !

Dimitri : ok, ok, avec tous les nuances que tu veux, mais pareille démarche me laisse pantois. Et on a carte blanche ?

Gérard : mais oui.

Dimitri : sans déc****r ?

Gérard : chut, calme ton enthousiasme, on est énarques, quand même !

Dimitri : je l’avais presque oublié, sous le coup de l’adrénaline… Donc, on peut tout inventer ?

Gérard : en principe, oui. Mais tu connais les principes et l’administration. Si on est trop respectueux des principes de liberté, on va perdre tout le monde. Ils sont tous tellement attachés au respect de la règle.

Dimitri : mais une règle intelligente, simple dans son principe et efficace dans son objectif, ou…

Gérard : ou une jolie règle bien de chez nous, avec un principe doté de multiples exceptions, alinéas, codicilles et renvois à la documentation de référence habituelle : code de la construction et de l’habitation, code de l’urbanisme, code général des impôts…

Dimitri : attends, si on fait comme tu dis, on ne change rien à l’approche habituelle, tu en es conscient ?

Gérard : mais on s’en fiche de l’approche, on va faire un super produit, c’est ça qui compte ! Et pour ne perdre personne dans nos circonvolutions, on va partir d’une base connue et lui apporter de multiples améliorations. Nickel, imparable et facile pour nous !

Dimitri : et tu voudrais partir de quoi, comme dispositif ? Le PTZ, le BRS, le PSLA, le…

Gérard : oui, oui, oui, très bien le PSLA. Déjà, il a un nom un peu long, qu’on peut encore mieux customiser et valoriser, le principe de la location accession est assez opaque pour intriguer, il y a plein de règles que l’administration peut gérer, interpréter, manipuler ; plus une programmation annuelle et des garanties tellement croustillantes comme celles de relogement et de rachat. Très bonne idée, le PSLA, bravo, mon Didi !!!

Dimitri : hum, tu es sûr, il ne vaudrait pas mieux simplifier un tout petit peu ?

Gérard : hein ? Et perdre la main ? Et ne pas gérer le machin de A à Z ? Mais tu es fou ! Il faut que le politique et toutes les collectivités locales, tous les acteurs de la filière aient besoin de nous. Qu’ils nous mangent dans la main ; qu’on soit incontournables ! L’administration est et doit rester la plaque tournante de la qualité réglementaire à la française !

Dimitri : (mezzo voce : »que le monde entier nous envie… » ). Bon, on commence par quoi ?

Gérard : le nom. On va doper le machin, en passant de PSLA à PSSLAA !

Dimitri : tu peux développer ?

Gérard : oui ! Prêt Super Social Location Accession Améliorée. Le titre dit tout, c’est super et c’est amélioré !

Dimitri : vu comme ça, effectivement… Et pour le contenu, on fait quoi ?

Gérard : il faudrait renforcer un peu l’attractivité, avec une ou deux contraintes en plus et autant de garanties pour contrebalancer.

Dimitri : hem, on a dopé le nom, on pourrait peut-être au contraire alléger le corpus réglementaire, tu ne crois pas ?

Gérard : pffff, homme de peu de foi… Mais non, regarde, on va imposer aux candidats acquéreurs un examen médical avant la signature du contrat de réservation, plus un test de Q.I. et en cadeau bonus on va leur offrir une garantie, voyons voir…tiens, la garantie de remplissage du logement !

Dimitri : mais qu’est ce que tu racontes, il est sûr d’être rempli le logement puisque c’est eux qui vont l’occuper, en tant que locataires puis propriétaires.

Gérard : impeccable ! Une garantie qui marche à tous les coups, personne ne s’en plaindra !

Gérard : n’importe quoi ! Et l’examen médical et le test de Q.I., c’est pour quoi faire ?

Dimitri : l’examen médical ? On n’autorisera que ceux qui sont en parfaite santé ; faut économiser sur l’assurance maladie, d’autant qu’avec l’assurance décès invalidité, il ne faudrait pas effacer trop vite la dette des survivants ; c’est quand même l’état qui régale !

Gérard : et le test de Q.I. ? Je ne comprends pas ; tu veux favoriser les plus intelligents pour une discrimination positive ?

Dimitri : mais tu es devenu fou ? Surtout pas, on ne gardera que les plus couillons pour ne pas se faire taxer d’élitisme. Et comme c’est compliqué à comprendre, on n’en vendra pas beaucoup. Impecc. CQFD.

Dimitri : dis Gégé, je crois que tu me donnes la migraine, là ; tu n’as pas perdu de vue l’objectif initial ?

Gérard : mais si mon Didi, toujours plus, mais ce PSSLAA, c’est un dispositif de plus ! Ca n’empêche personne de faire un PSLA classique !

Dimitri : heu, là, en matière d’aérodynamique du logement neuf et de changement d’époque, je ne crois pas qu’on va améliorer le coefficient de pénétration dans l’ère !

Gérard : mais mon Gégé, on aurait l’ère de quoi avec un dispositif que tout le monde comprendrait spontanément sans nous et qui coûterait des sous au budget, hein ? Faut savoir vivre avec son temps !

Dimitri : sans manquer d’ère, oui, ça va, j’ai compris, Gégé.

Gérard : tu vois, quand tu y mets du tien, Bercy et le Logement peuvent parfaitement travailler ensemble…

*******

 Et voilà, c’est comme ça que ça se passe la création d’un nouveau dispositif.

Ou pas loin, en tout cas ! 😉

Avoir les moyens ou faire semblant ?

Avoir les moyens de ses ambitions, c’est un prérequis pour réussir.

Mais avoir une certaine ambition, c’est le préalable.

Prenez l’exemple de CRO, le gentil garçon ne manque pas de goût ni d’ambition. 😉

CRO en Ferrari portable
L’important, c’est que tout roule ! Ou presque…

Pour les moyens, en revanche, ça se discute !

Bah, le principal, c’est qu’il y croie.

Et pour l’instant, on va faire une pause. D’une semaine.

Histoire de revenir à des choses simples. Comme le printemps qui va bientôt arriver.

 

Profitez bien des derniers jours de l’hiver dans l’intervalle ! 😉
Tout simplement…

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