Chantier interdit au public (et au privé ?)

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Vous êtes sûrement déjà tombé(e) dessus. Mais pas dans.

Tombé(e) sur un panneau « Chantier interdit au public » .

Car on ne peut pas tomber dans un panneau de ce genre. Le piège est grossier.

Les chantiers vont en effet bientôt être interdits à tous au rythme où va le monde de la construction. 🙁

Je sais, il y a de quoi en rester bouche bée, coi. Interdit.
Comme le chantier, ça tombe bien, coi !

Et pourtant, si on veut livrer des logements, il faut bien les construire.
Ou accepter d’en être privé.

Coi qu’il en coûte ? 😉

 

Ca peut laisser sans voix. Ce qui gênerait un certain nombre de personnalités politiques en ce moment. 🙂

Mais oui, les chantiers sont en danger.

Certains peuvent avoir du mal à se terminer et d’autres ne pas arriver à se lancer.

C’est le chantier, quoi ! 🙂

Les travaux d’air reculent

Plus pourri que ce titre ? C’est difficile, hein ? 🙂

Et pourtant, c’est un véritable trou d’air qui menace les chantiers.
Tout le monde n’est pas Hercule, en matière de travaux. 😉

Un trou d’air, plus un trou financier qui sépare les donneurs d’ordre des entreprises.

La cause ? Une intense spéculation de la chaîne fournisseurs-distributeurs qui amplifie, sur une base réelle d’augmentation du coût de l’énergie et des ressources en général, l’impact de cette flambée des prix.

Pour faire simple :

1- oui, le coût de l’énergie augmente très fort (avec une part spéculative non négligeable aussi)

2- donc oui, les industriels qui consomment beaucoup de gaz pour produire (tuiles et briques par exemple) voient leur prix de revient gonfler

3- oui, d’autres matériaux sont également sous tension (acier, bois, aluminium, PVC…) du fait de la reprise post covid immédiatement relayée par le conflit russo-ukrainien

4- mais oui aussi, quand vous parlez avec les entreprises du monde de la construction ou en off avec des fédérations professionnelles du même milieu, il y a des structures qui ont manifestement décidé de ne pas subir du tout, et de faire porter tout le poids de la conjoncture (et bien au-delà souvent) à leurs clients.

Sur ce dernier point, l’union des HLM, par les voix d’Emmanuelle Cosse ou de Marianne Louis, a pointé du doigt les résultats florissants de grands groupes industriels, qui affichent des résultats exceptionnels. Union des HLM qui s’en est officiellement émue auprès du 1er ministre pour entamer un dialogue.

Et idem, la FPI explique que les promoteurs n’ont pas vocation à être la variable d’ajustement du système.

Pourquoi ?

Parce que l’extrémité de la seringue n’est pas forcément le seul sujet sur lequel il faut se focaliser !

Le corps de la seringue et ce qu’on met dedans méritent aussi un certain intérêt… 🙂

Pique ou double ?

La seringue, ça pique, d’accord.
Mais moins que le sujet des hausses de prix des matériaux et que la manière d’y faire face.

En résumé, les entreprises sont soumises (un peu trop ?) au diktat de leurs fournisseurs, industriels ou distributeurs.

Et demandent à leurs clients de revoir les conditions financières du marché de travaux quand l’augmentation dépasse ce qu’elles peuvent raisonnablement absorber.

Problème : ce client (promoteur par exemple) ne peut pas répercuter ce surcoût au client final, car le particulier n’a pas le budget (il a emprunté un montant fixe) et le contrat ne prévoit de toute façon pas cette possibilité.

Ce serait donc au donneur d’ordre (promoteur, HLM, etc) d’avaler l’augmentation. Et de dire merci ? 😉

Alors qu’il n’a aucune capacité à négocier, coincé entre un client sans latitude financière et une entreprise de travaux qui exige une rallonge, alors que la formation de cette hausse de prix est très en amont, dans la filière industriels / distributeurs avec laquelle il n’a pas de relation contractuelle.

Pourquoi donc serait-ce aux maîtres d’ouvrage de supporter une hausse qu’ils ne peuvent pas négocier alors que les entreprises et leurs syndicats professionnels ont eux la position qui convient pour négocier avec leurs fournisseurs directs ?

Pour ces derniers, vous avez dit rapport de force ? Abus de position dominante ? Voire soupçon d’ententes ?

C’est probablement ce qui est sous-entendu et sous-tend la démarche du mouvement HLM en direction des pouvoirs publics.

Dessous, toujours des sous ! 😉

L’issue de ce cours ?

Sans vouloir donner de leçon, il faut quand même infléchir le cours… des choses. Pour sortir du problème par le haut.

Et donc trouver des ébauches de solutions.

Idéalement, commencer par taper sur le museau de ceux qui abusent de la situation pour se refaire beaucoup de gras sur le dos de la filière.

Et trouver au cas par cas, selon les corps d’état et la réalité des prix du moment, des solutions pour faire.

Parmi les pistes évoquées, la révision ou l’actualisation des prix sur la base d’index officiels (BT01 par exemple), ou la prise en compte du différentiel du prix des matériaux entre le devis initial et le bon de commande plusieurs mois plus tard.

Pas facile du tout dans la pratique et pas rassurant pour un maître d’ouvrage que de ne pas connaître l’évolution d’un prix qu’il ne pourra pas répercuter à son client.

D’autant que les devis initiaux des entreprises peuvent très bien intégrer d’emblée, dans les prix annoncés, par prudence et sans que le maître d’ouvrage n’en ait connaissance, un certain niveau de couverture de hausse des prix…

La bouteille à l’encre. Et l’envie de jeter l’ancre pour les maîtres d’ouvrage ? 🙂

Car en période de gros temps, l’alternative est très simple.

Devant la perspective d’être pris pour les dindons de la farce, de plus en plus de maîtres d’ouvrage de la filière logement annoncent en privé vouloir appuyer sur le bouton pause.

En clair, ils mettent au frigo les projets de programmes laborieusement montés pendant quasiment 24 mois (voire plus) et pour lesquels la consultation des entreprises engloutit dans le budget travaux la marge prévisionnelle.

Prendre un risque commercial et de réalisation de chantier pour aucun bénéfice ? Autant ne rien faire.

CRO en bouée
Se jeter à l’eau sans visibilité ? Faut prévoir la bouée pour pas couler !

Au final, cette politique potentielle de stop and go, pourrait également jouer son petit rôle pour calmer les appétits des prédateurs : pas d’ordre de service = pas de commande de matériaux = détente sur les volumes et sur les prix ?

Avec quelques enquêtes de l’autorité publique pour sanctionner les abus des chiens galeux ? (on n’en veut pas à tous les quadrupèdes, uniquement aux galeux avérés !)
Mmmm… qui abus aboira ? 😉

Oui, mais quelles répercussions aura ce ralentissement erratique sur le tissu des PME de la construction, entre un volume de chantiers forcément en contraction et des coûts travaux qu’il va falloir dompter ?

Pas facile… ce qui demandera aux maîtres d’ouvrage, pour les projets encore viables, de tenter d’accompagner, par des délais de paiement courts et une légère hausse du budget prévisionnel, la survie des entreprises locales qui sont leurs partenaires naturels.

C’est pas tout d’imaginer des programmes et de les vendre.
Les livrer, c’est bien aussi, non ? 🙂

Textes et archi textes ?

Notons quand même une lueur d’espoir dans cette noirceur : l’ordre des architectes… a le sens de l’humour et de la solidarité ! 😉

Si ! CRO drôle…

Imaginez une interview au Moniteur, traitant des propositions de l’ordre des architectes relatives à la crise des matériaux (STOOOPPP : à ce stade de sa lecture, CRO se dit « ah, sympa les archis, ils vont proposer des solutions pour arrondir les angles et faciliter le dialogue entre industriels, fournisseurs, entreprises et maîtres d’ouvrages pour sauver les chantiers et réguler le truc ! » . Mais quel innocent, ce CRO !!! 🙂 ).

Dans cette interview, donc, les représentants des architectes se regardent hélas le nombril en proposant de suspendre l’application des pénalités éventuellement applicables (à eux par le maître d’ouvrage…) en cas de dépassement du coût d’objectif travaux indiqué dans leur contrat et d’examiner si la prolongation de la durée des chantiers ou la reprise des études (pour faire rentrer le projet dans une enveloppe budgétaire proche de l’enveloppe initiale) ouvrent droit à rémunération complémentaire au lieu de la reprise d’études gratuite conventionnelle !

C’est conceptuellement beau. Magnifique de solidarité.
Un élan du cœur corporatiste subtilement en phase avec la difficulté du moment. 😉

En ce moment où les entreprises et les maîtres d’ouvrages vont devoir abandonner des projets ou se partager (en se demandant encore comment) le poids des surcoûts à grands coups de dizaines ou de centaines de milliers d’euros, l’apport intellectuel du CNOA est considérable.
De lapin.
(Note du CRO : heureusement, le Conseil National de l’Ordre des Architectes n’est pas la somme des comportements individuels des architectes dont bon nombre savent se tenir dans un tel contexte)

Humour et solidarité, on vous dit !
Y en a qui semblent confondre sens des responsabilités et sens des responsables alités ?
Au lit soient qui mal y pensent ! 🙂

C’est évident, nous vivons une époque merveilleuse.
Tout ce mouvement, ce charivari, cette écume, cette perte de repères dans l’attente du nouveau phare du progrès.

A propos de phare, et si on la mettait en veilleuse ?

 

Oui, mais pas plus d’une semaine.
Qu’on vous souhaite par ailleurs excellente ! 🙂

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