Les arbres, tout le monde les aime, non ?
En principe. Car ils sont vertueux, beaux, utiles, majestueux.
Ils abritent toute une faune, des écureuils aux oiseaux les plus divers. 🙂
Pour ne rien gâcher, ils stockent le carbone et produisent de l’oxygène.
Avec quelques conditions favorables, quand ils sont fruitiers, ils sont même assez aimables pour nous gratifier d’une nourriture saine et gratuite.
Bref, tout le monde aime, ou devrait aimer, les arbres.
Même les P.L.U.. Et même les promoteurs ?
Ah… Ca, c’est une excellente question ! 🙂 🙂
Raisonnons logiquement : les Plans Locaux d’Urbanisme aiment les arbres. Beaucoup.
Les promoteurs immobiliers aiment les PLU. Très très fort.
Les promoteurs devraient donc adorer les arbres ?
C’est ça, ils devraient. 🙂
Quand l’arbre gênait la logique
Non, non, pas généalogique ! Gênait la logique, on vous dit !
Parce que les ancêtres, ascendants, descendants, colatéraux et autres personnages fréquentant les arbres généalogiques, quand on veut obtenir un permis de construire, on s’en fiche un peu !
Alors que des raisonnements qui défient la logique et dépassent l’entendement, en revanche, ça peut gravement nuire à la mise en œuvre d’une politique d’urbanisme par ailleurs parfaitement fondée.
Pour en revenir à la place de l’arbre dans les PLU, place ô combien privilégiée, les règlements prévoient souvent plusieurs types de clauses :
-
- ne pas abattre ou supprimer les arbres remarquables (déjà remarqués, répertoriés ou classés, donc)
- ne pas abattre les arbres de haute tige quand ils sont en bonne santé, sauf « si c’est indispensable«
- remplacer tous les arbres abattus ou supprimés
- créer des espaces verts et des arbres à due concurrence d’un quota défini, pour ombrager les parkings extérieurs ou agrémenter les espaces verts créés
A ce stade de l’énumération, les plus gentils et naïfs des lecteurs trouveront ceci tout à fait normal, alors que les plus critiques ou retors (apprentis promoteurs ??? 😉 ) commenceront à imaginer quelques effets pervers…
On va développer tout ça. Pour rire, hein ! 😉
La cause arboricole, ou bien on cause de la bricole ?
Alinéa 1 : on ne touche pas aux arbres remarquables
Bon, là, on va être d’accord, à condition qu’ils soient en bonne santé et qu’il n’y en ait pas dans toute la ville… parce que des classements abusivement généreux, c’est un peu une manière de trichouiller pour empêcher toute évolution du tissu bâti.
Alinéa 2 : ne pas abattre les arbres de haute tige (sauf si c’est indispensable)
Alors là, mes amis… suivant comment la clause du PLU a été rédigée et comment les services instructeurs de la collectivité ont envie de l’interpréter…
1ère question : indispensable à quoi ?
Au projet de permis de construire ayant le plan masse le plus logique, qui vient (par exemple) border la rue en suivant les préceptes du règlement ?
Tsss tsss, pas forcément ! Rien ne vous empêche, M ou Mme le maître d’ouvrage / architecte, de séparer votre bâti en deux morceaux, de part et d’autre de tel arbre ; et peu importe si vous perdez 40 % de la constructibilité potentielle ou si le parking en sous-sol devient impossible à réaliser..
Ah, ça remet en cause le projet ? Ben zut, alors, c’est vraiment pas de chance ! Vous trouverez bien un autre terrain…
2ème question : « en bonne santé » ?
Comme aucun architecte ou promoteur ne se promène avec un stéthoscope et que les services instructeurs ne leur font de toute façon pas confiance, certaines pratiques se répandent peu à peu, comme l’exigence d’une étude phyto sanitaire établie par un expert.
Dépenser un peu plus d’argent pour rien, on n’est pas à ça près ; ce qui devient encore plus inconvenant quand la collectivité l’exige au moment de l’étude de faisabilité, avant même de déposer quoi que ce soit et de savoir si le projet envisagé a la moindre chance de voir le jour.
Questions de pratiques, d’état d’esprit, d’objectifs réels et d’arbitrages ?
Sans doute. Mais d’arbitraire surtout ! 🙁
Alinéa 3 : remplacer tous les arbres abattus ou supprimés
Aïe… Ca commence à faire mal.
A une époque où la plupart des projets remodèlent (en tissu urbain existant) un habitat vieillissant et peu dense pour l’intensifier (en emprise au sol et en hauteur), on peut rapidement trouver la contrainte déraisonnable.
Un exemple pour mieux toucher du doigt ?
Vous achetez une vieille maison sur un terrain de 1000 m², avec une douzaine d’arbres adultes.
Le PLU prévoit qu’on peut maintenant construire de limite à limite, sur rue, dans une bande de 16 mètres. Votre terrain fait 21 m de profondeur.
Vous allez donc devoir placer 12 arbres sur 48 m de linéaire ; et en les laissant à distance 1- de votre nouvelle façade arrière et 2- à au moins 2 m de la limite avec le voisin (respecter le Code Civil…).
Coton… et marge de créativité limitée ! 🙂
Alinéa 4 : créer des espaces verts et planter des arbres à due concurrence d’un quota défini
La cerise sur le râteau ! 😉
Pan dans les dents.
Reprenez l’exemple juste au-dessus ; et imaginez que toute la superficie non utilisée pour bâtir doive être en espaces verts ; et qu’on vous demande une arbre tous les 50 m² d’espaces verts créés…
(hé, ho, ne rigolez pas, c’est du vécu 🙂 )
On va donc devoir planter 5 arbres de plus ! Magnifique…
Le vert est dans le fruit.
En gros, l’application du PLU reviendrait ainsi à exiger 17 arbres sur une emprise verte de 238 m² (soit 1 arbre tous les 14 m² !) alors qu’on avait avant 12 arbres sur 1 000 m² dont 850 non bâtis (1 arbre tous les 71 m²).
On aboutit donc à la conclusion que, soit on fait un peu n’importe quoi pour implanter les arbres, soit il faut dédensifier significativement et remettre en cause la règle imaginée par le rédacteur du PLU pour ce secteur.
Ou alors, plus sereinement, il faudrait simplifier les règles en se contentant – par exemple – de donner le nombre d’arbres que l’on veut dans les espaces libres (le non bâti), sans cumul imbécile.
De la cohérence et de l’appréciation pondérée des enjeux de toute nature avant tout ? 🙁
Le promoteur moderne : un hybride qu’on bride ?
Il n’y a pas que les héros de MARVEL qui sont des mutants !
La transformation du contexte professionnel de tous ceux qui travaillent à créer de nouveaux espaces impacte leurs pratiques en les forçant à se plier à de multiples facteurs :
– contexte économique général (travaux, taux d’intérêt, instabilité psychologique des acteurs et conjoncture internationale)
– contexte politique national incertain et mouvant
– absence de politique du logement cohérente et de mécanismes puissants pour relancer le secteur
– persistance de pratiques administratives sclérosées d’un autre temps par notre (très) chère administration
– arbitraire abusivement concédé aux instance locales dans la (non) volonté de donner des permis de construire ou pas (suivant les régions, les décideurs ou les époques, dont élections municipales…)
Bref, contrairement aux apparences, les professionnels s’adaptent au mieux de leurs capacités !
Et nous avons d’ailleurs récemment rencontré un promoteur moderne dans son nouveau costume de travail ! Très moderne.
CRO moderne ? 😉
Nous ne résistons pas au plaisir de vous le présenter…

On se demande un peu ce que sera la prochaine génération… 😉
Mais d’ici là, il coulera tellement d’eau sous les ponts.
Et on aura planté tant d’arbres dans le béton !
Alors que, d’ici la semaine prochaine…
On a juste le temps de se la couler douce.
Et d’apprécier le temps qui passe ? 🙂
À Nîmes, c’est la grande bataille verte ! Tandis que les promoteurs et le P.L.U. affûtent leurs plans, les défenseurs des arbres montent aux branches pour éviter la coupe fatale. ⚔️
Parce qu’un arbre, c’est comme un bon vieux copain : il est là depuis toujours, il offre de l’ombre sans rien demander en retour, il abrite les oiseaux et filtre l’air mieux qu’un purificateur dernier cri. Et quand il est fruitier, il distribue même des snacks gratuits !
Mais voilà… certains trouvent qu’il prend « trop de place ». ️ Alors, entre les racines qui dérangent et les feuilles qui tombent sans prévenir, les promoteurs et les P.L.U. se demandent : « Et si on les remplaçait par du béton bien droit, bien sage, qui ne pousse pas n’importe comment ? »
Ah… À croire que tout le monde aime les arbres, sauf quand ils sont « dans le chemin » !
Heureusement, à Nîmes, la riposte est bien là : citoyens engagés, associations motivées et écureuils en colère sont prêts à défendre chaque tronc ! Parce que couper un arbre, ce n’est pas juste perdre un bout de nature, c’est priver la ville d’un allié silencieux mais ô combien précieux.
Bref, entre verdure et béton, la partie est serrée… Qui aura le dernier mot ? ️
@ Dominique : il n’y a que des cas particuliers. Je ne prends pas parti pour Nîmes 🙂 . Quand un arbre est vraiment exceptionnel et durable, il faut bien sûr étudier tous les moyens de le conserver. Et y parvenir. En revanche, je rencontre souvent des sujets d’étude ou, en coupant 2 ou 3 arbres adultes « sans intérêt particulier », on pourrait à la fois construire 20 à 40 logements (exemple) et replanter une quinzaine d’arbres (les PLU sont exigeants, réclamant à la fois le remplacement des arbres supprimés + d’autres sur les espaces verts créés). Bien sûr, les arbres nouvellement plantés mettront des années à atteindre leur plénitude, mais ils finiront par s’installer et on aura logé des familles. Et leur nombre améliorera réellement le bilan du secteur à terme. Le volume limité de la construction neuve (par rapport à l’existant) permet cette rotation (si j’ose le terme) et permet ainsi de reconstruire la ville sur la ville, sans consommer de nouveaux espaces non urbanisés.
L’idéal n’existe pas, et quelle est la solution la plus globalement raisonnable ?