Le promoteur immobilier, cet inconnu

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Parmi les légendes urbaines les plus tenaces : la présence du promoteur immobilier en France.

Revenant périodiquement sur le devant de la scène Seine, du Rhône, du Rhin, de la Loire et de la Garonne réunis, ce croque-mitaines peuple tout un monde d’imaginaire, de fantasmes et de fables métropolitaines.

Comment ce grand prédateur parvient-il à survivre, à se reproduire et pire, même, à se multiplier ???

Pour en avoir le coeur net, nous avons lancé une enquête de grande envergure et sans concession : envoyés spéciaux au coeur de la jungle immobilière

Sur les traces du promoteur immobilier

Pister un promoteur immobilier n’est pas chose facile. De réputation sulfureuse, l’animal prend un soin tout particulier à se camoufler. Zone urbaine pour passer inaperçu dans la foule, costume deux pièces gris souris, avec ou sans cravate suivant le contexte, le camouflage est parfait.

Particulièrement à l’aise en mode déplacement furtif, le promoteur dissimule parfois ses traits sous un casque et saisit l’occasion d’un trajet en scooter pour échapper à notre vigilance. Redoutable….

Un changement de stratégie s’impose. Devant l’impossibilité de suivre son rythme, mieux vaut monter des planques devant ses lieux de prédilection et l’étudier de près à l’insu de son plein gré comme le disait si bien un spécialiste du deux roues sans moteur…

La vie quotidienne du promoteur immobilier

Voila, voila, nos souricières sont montées, ne reste plus qu’à observer et prendre des notes…

Première étape : le chantier

Ah, le blaireau ! Il a remplacé son casque de scooter par un casque de chantier et il pense que ça va suffire pour se fondre dans le paysage ! J’te jure, c’est un peu couillon un promoteur…

Et là qu’est-ce qu’il trafique assis pendant une heure avec tous ces gars casqués comme lui ? Et maintenant il se promène dans les étages en procession ! Mais il fait exprès de faire semblant de travailler ou quoi ?

Non, mais c’est trop là, il va se rasseoir et il prend des notes ! Mais… on dirait qu’il sait écrire ?!  Moi qui pensais qu’il ne savait que compter !

Deuxième étape : le service d’urbanisme

Hé hé, je savais bien qu’il allait magouiller à la Mairie ! Il a pris rendez-vous, attends voir, va regarder la plaque sur la porte : »Mr Pénard, instructeur du service des Permis de Construire ». Qu’est-ce que ça veut dire ? Il va se renseigner sur le respect de règles d’urbanisme ? Non ??? C’est E-N-O-R-M-E !!! Une découverte mondiale !

Ca me scie les pattes ! Attends, attends, sûr qu’après ça il va aller voir le Maire pour une bonne petite dérogation…

Allez, hop, on reprend la filoche ; c’coup ci, il m’aura pas, moi aussi j’ai un scooter !

Tiens, pourquoi il s’arrête là ? Y a rien de particulier là ? Ho, il embrasse une femme !

La vache, il a attrapé le syndrome du FMI (fameux micmac immobilier). Mais, et ces gosses qui sortent de la maison ?? Va voir la boîte aux lettres, discrétos… Quoi ? C’est sa femme ?
Mais c’est affreux comme banalité ! Pauvre promoteur…

Troisième étape : la bulle de vente

Pfff, mais c’est pas vrai, mais qu’est ce qu’il attend pour pointer son museau ? Déjà deux heures à poireauter pour rien. Allez, va voir les horaires, et tant pis si on te remarque !

Hein, pas de permanence ? Juste le Samedi de 14 à 18 heures ? Mais c’est quoi ce coulage ?

Et zut, il s’est planqué sur Internet, j’aurais du m’en douter, encore une jungle à sa mesure. Décidément, l’environnement commercial du promoteur a bien changé !

Quatrième étape : chez le notaire

Alors là, on devrait se régaler, il a pris deux rendez-vous. Sûrement un au moins avec un peu de dessous de table, un peu de black pour s’amuser ?

Attends, ils sont combien là dedans ? Six ? Deux notaires, notre promoteur et trois quidams ? Zoome un peu sur le papier devant lui… « promesse de vente de terrain » ? Mais comment tu veux qu’il y ait du black, ils sont six, c’est pas assez discret, et en plus il se contente d’un stylo bic pour signer ? Ben, et Montblanc il les fait pour qui ses stylos alors ?

Ca y est, il change de pièce. Ce coup ci c’est pour un acte de vente. Ah, c’est mieux, ils ne sont plus que cinq. C’est long… Attention, ça se termine !

Mais il fait quoi là, il est déjà dehors ? Mais il n’a  rien pris ??? Ni chèque, ni billets ? Mais c’est quoi ce loser ?

 Entretien avec un promoteur immobilier

Plutôt déstabilisés par nos observations, nous nous sommes résolus à entamer une recherche encyclopédique et nous avons découvert l’abomination ultime : l’existence d’écoles spécialisées pour petits promoteurs ! Depuis des dizaines de millénaires !!!

Nous avons ensuite tenu malgré tout à aborder directement cette anomalie darwinienne pour crever l’abcès. Et surtout obtenir des réponses claires à la suite de nos observations :

  • Le chantier ? Mais ce n’est pas compliqué. On fait le point, on évoque les sujets à régler, on se déplace sur les lieux pour décider en connaissance de cause puis on revient en salle de réunion et on fait la synthèse !
  • Le service de l’urbanisme ? Un grand classique. On s’assure des règles d’urbanisme et de leur interprétation par les services, on vérifie qu’il n’y a pas de modification engagée et on essaye de voir s’il n’y a pas de problème particulier ou de desserte par les réseaux !
  • La bulle de vente ? Là, c’est pas faux, la bulle de vente est sous-utilisée mais internet donne plus de contacts et on ne peut pas se permettre d’immobiliser un conseiller commercial toute la semaine à bailler aux corneilles. Ca n’est pas bon pour son moral ni pour son rendement et sa paye à la fin du mois ! Il vaut mieux qu’il travaille les contacts reçus.
  • Le notaire ? Ah oui, j’ai signé une promesse pour acheter un terrain en négociation depuis deux mois, et j’ai signé l’acte de vente d’un appartement à un jeune couple. Le paiement ? Mais il n’y a jamais d’argent liquide chez le notaire, tout passe par leur comptabilité, chèque, chèque de banque ou virement !

 

Alors là, les amis, c’est d’une platitude… affligeante. Ni mystère, ni prestige. Et en plus, il n’avait même pas les canines plus longues que les miennes.

Mais je suis sûr qu’il a du se les faire limer ! A l’école ???

 

Ceci est un extrait d’une tranche de vie de promoteur, non exhaustif bien sûr. A qui la première question ?

2 réflexions au sujet de « Le promoteur immobilier, cet inconnu »

  1. Encore un bien bel article, plein d’humour, de dérision et de jolis dessins. Je ne savais pas que nos ancêtres avaient cette forme de patatoïde… 🙂

    Bravo en tout cas pour ce blog de qualité !

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