Toutou bi or not toutou

Billets d'humeur, Promoteurs et programmes Laisser un commentaire

Au-delà de leur immense popularité spontanée auprès de l’opinion publique (…), les promoteurs immobiliers souffrent beaucoup en leur for intérieur.

Si, si. Ils souffrent tellement qu’ils essayent de se soigner tous seuls. 🙂

Le meilleur moyen étant l’amour, ils essaient évidemment de s’aimer beaucoup. (on dit bien « qui s’aime récolte ? » 😉 )

Charité bien ordonnée…

Un bon salaire, une belle voiture, un bureau spacieux pour les éléments matériels.

Une haute estime de soi et une affection sans bornes pour son nombril, au plan spirituel, permettent de combler le déséquilibre affectif sous-jacent. Mais y a un os.

Car qui connaît vraiment le désarroi profond des derniers grands aventuriers du monde moderne ? 😉

 

C’est une forme d’hésitation mentale entre dédoublement de personnalité et schizophrénie.

On rencontre fréquemment chez cette population des gens qui entendent des voix (la leur en général) et qui se prennent pour ce qu’ils ne sont pas.

Pour Indiana Jones, ou pour des prédicateurs porteurs de la bonne parole…

Ou pour les maîtres du monde ?

Ah oui, quand même… 😉

Puissance et liberté

Quand on dit de quelqu’un : « il est promoteur immobilier » , on pense plus volontiers à ça,

qu’à ça, non ?

C’est l’origine du problème.

Croire qu’on pilote parce qu’on a du crédit… 🙂

C’est un peu comme penser qu’on peut être chef sans avoir été élu !

Ah, c’est aussi possible, ça ? 🙂

Bref, il existe un premier sentiment de toute puissance relative dont il faut se méfier d’instinct.

Car tout est si relatif ici bas… au risque de développer une personnalité peu équilibrée ? 😉

Grandeur et décadence ?

Dialogue imaginaire entre Albert Einstein et son cousin Franck (Franck Einstein, quoi ! 😉 ) , promoteur immobilier de son état.

Salut Albert ! Ca va ?

– Salut Franck, toujours au taquet ?

A donf ! J’ai même failli péter un boulon, ce tantôt !

– Tantôt ou tard, vue ta gueule et sans vouloir t’offenser, c’est couru d’avance, mon Frankie ! Mais pourquoi tu dis ça ?

Ben, quand je me suis lancé dans le métier, on m’avait dit, tu vas voir, c’est super ! On défriche des territoires, on invente des concepts, on bâtit des pans entiers de ville, on est libres comme l’air. Bref, l’éclate totale dans l’action ! Il fallait juste respecter un totem unique : le PLU.

– Tiens, tu ne parles pas d’argent ?

Mais non ! A l’époque, dès que tu signais une promesse pour acheter un terrain, tu connaissais ta marge et tu étais sûr d’aller au bout ! A tous les coups ! Le pied !

– Je ne te comprends pas, tu es pourtant bourré de thunes, non, quelque chose a changé ?

Mais heureusement qu’on peut encore faire un peu de marge, parce que pour le reste… Et de plus en plus mince, la marge ! Elle est comme les jeux vidéo, tendance virtuelle à certains moments…

– Et pour ton boulon, quelle est la cause ?

Le traumatisme.

– Mais quel traumatisme ???

Celui de la formation du dernier stagiaire. Je lui ai tout expliqué. Le PLU. La promesse de vente du foncier. Les chartes. La mixité sociale. Les commissions d’avant-projet. Le PLH qui contraint les typologies et les surfaces. Les élections municipales qui bloquent les permis. Les recours de tiers. Les prix des travaux, la galère des chantiers.

– Et c’est traumatisant, ça ?

C’est son analyse qui m’a foutu par terre.

– Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il t’a dit le jeunot ?

Ben, il a été cash en me faisant un résumé. Il m’a dit : « si j’ai bien compris, vous vous mettez sur la gueule avec vos collègues pour acheter du foncier de plus en plus rare à un prix de dingue ; puis vous allez vous faire démonter par l’autorité qui délivre les permis, qui trouve toujours que vous bourrez trop le terrain, puis vous retournez pleurer auprès du vendeur pour faire baisser le prix, puis vous retournez voir la collectivité qui vous dit oui sur le volume général, qui vous impose des surfaces de logements et des typologies à la noix et qui vous refuse le permis ensuite à cause des élections municipales. Sachant qu’entretemps vous avez tant bien que mal tenté d’équilibrer le bilan en prenant en compte des VEFA de logement social en vendant à perte et une contrainte supplémentaire d’accession à prix maîtrisé qui pousse par compensation les prix du libre à des tarifs éhontés qui vous sont ensuite reprochés quand sortent les statistiques sur l’évolution des prix du neuf. Et quand vous vous êtes fait planter plus de la moitié des dossiers par la collectivité, ce sont les riverains qui déposent sur les permis rescapés des recours qui vous font encore cracher un max de pognon et / ou perdre des mois voire des années en cas de démarche contentieuse. Tout ça, pour arriver à consulter des entreprises à des coûts de travaux de plus en plus tendus où les industriels captent la plus-value au détriment des entreprises du bâtiment et des promoteurs, pendant que le volet commercial dépend intégralement d’un dispositif fiscal temporaire et dont les pouvoirs publics mésestiment l’importance réelle ? Et comme si ça ne suffisait pas, au lieu de soigner les causes profondes des surcoûts et dysfonctionnements, on maintient les corporations, les prés carrés, et on dissocie avec les OFS et les BRS le foncier et le bâti pour rendre les gens titulaires d’un ersatz de propriété immobilière ! L’acte ultime de la déliquescence d’une filière qui accepte – sous couvert de pragmatisme opérationnel ou de « real politik » – ce dépeçage comme le théâtre d’une source nouvelle et à court terme de cash-flow au lieu de penser long terme, intérêt collectif et trajectoire patrimoniale des ménages / clients ? Et vous voudriez que je fasse carrière là dedans ? C’est quoi la prochaine étape, le cantonnement ou la nationalisation de la marge ? En même temps que l’abandon officiel d’un objectif de volume de construction qu’un amoncellement de règles plus débiles les unes que les autres ne permet pas de tenir et auquel on préfèrera renoncer sous un emballage de communication tout aussi officiel ?  » .

– Il a dit tout ça ?

Ouais, ça m’a scié. Il m’a tout résumé d’un coup d’un seul et ça m’a sauté à la gueule. Tu sais, c’est comme les escargots que tu fais cuire. Quand tu es dedans à feux doux et constant, tu ne t’en rends pas compte. Chaque contrainte n’est qu’une aggravation marginale de la situation antérieure. Mais au total…

– Ne sois pas trop triste. Tout est relatif, tu sais, j’ai démontré ça il y a quelque temps déjà. 🙂

Oui, mais il y a quelque temps, moi aussi j’allais encore bien, avant la mutation de mon ADN, je nageais dans mes illusions, la splendeur du passé, l’imagerie populaire, tu vois ?

– Et là ?

Là, putain, c’est le spleen, la dépression, la descente aux enfers. Je me prenais pour le guide suprême, pour un prédateur et pouf, je me découvre victime.

– T’exagères pas un peu ?

Mais non, je pensais être un leader, un mâle dominant, un Dobermann !
Alors que maintenant, je frise la castration chimique par overdose réglementaire… Je régresse au rang de chien de compagnie tenu en laisse. Un vrai toutou de salon !!!

– Tu sais ce qui m’étonnes le plus, chez toi, Frankie ?

Non, quoi ?

– C’est une certaine forme de lucidité. 🙂

Dobermann en mode CRObermann
Tiens, il a une bonne tête de promoteur, ce CRObermann nain !

Drôle de dialogue, non ? 😉
Du genre qui met à mal ceux qui croient que l’écosystème de l’immobilier neuf est le symbole étincelant d’une économie libérale ébouriffée, alors qu’il n’est plus qu’un vestige chancelant où quelques îlots menaçant ruine donnent le change au plus grand nombre.

Et où le jeu de rôles d’acteurs avant tout désireux d’assurer à tout prix leur propre pérennité masque à grand peine le fait que personne ne pilote ni ne maîtrise quoi que ce soit.

Une succession de mesures ne fait pas une politique.

Des coups de barre erratiques ne donnent pas un cap.

Et une absence de vision ne donne pas d’objectifs cohérents entre eux.

Mais à part ça ? Tout va très bien Madame la Marquise… 🙂

Et, à l’attention de ceux qui y croient toujours, oui, l’acte de construire est un CRO beau projet !

Dommage seulement qu’il y ait autant de schizophrènes qui s’emmêlent. 🙂
Dont les pouvoirs publics et l’administration du secteur ? 😉

 

A chacun son opinion, c’était la CROnique de la semaine.
Que je vous souhaite excellente ! Néanmoins… 😉

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