Simplification immobilière : la théorie des chocs mous

Actualités de l'immobilier 2 commentaires

simpletducroletLe choc de simplification. PAF !!!

Ca m’a sauté à la figure comme une évidence. Mais c’est bien sûr !

Il suffit de s’engager tout de suite et à fond dans la voie de la simplification et hop, ni une ni deux, nos problèmes seront en bonne voie de résolution.

En plus, comme tout le monde est au courant et partage le diagnostic et l’objectif, tout ça ne devrait pas faire un pli.

Le choc de simplification : le seul conseillé sans airbag !

Et simple à comprendre avec ça… 😉

 

De vieux souvenirs de lycée me remontent à la tête quand j’entends parler de choc de simplification. Un système pendulaire avec des boules en métal immobiles, suspendues chacune à un fil et collées les unes aux autres.

Le prof en écarte une en lui faisant faire un angle de 90 degrés et il la lâche.
Autant dire qu’il perd la boule. Mais sans en perdre le contrôle ! (pas donné à tout le monde, ça 🙂 )

Celle-ci, en une élégante et efficace trajectoire, vient heurter sa consoeur la plus proche qui transmet au système son énergie et on voit alors la dernière boule s’élever après avoir récupéré pour elle seule l’énergie initiale.

L’énergie cinétique expliquée aux nuls dans un exemple de chocs durs.

Et dans la classe, même les plus hermétiques (aux mystères de la science) comprenaient…

Choc de simplification : dur ou mou ?

Bouh… là on frise (pas moi, hein, gardez vos moqueries !  🙂 ) la pensée philosophique.

Car si le dur n’est pas si dur (à comprendre) et que le mou nécessite davantage de se creuser la tête (ne dit-on pas « bourrer le mou » ?), est ce que la simplification rend mous même les plus durs d’entre nous ?

Ben, c’est à croire.

Et pourtant… Pourtant, j’aurais bien aimé que le choc de simplification soit un choc dur, une sorte de « piedauculthérapie » qui transforme l’énergie cinétique de la bonne volonté collective en expulsion de la stupidité réglementaire hors du système considéré. Dur.

Mais sur ce qu’on en voit jusqu’ici, ça ressemble à du mou, un peu comme un choc entre un loukoum et un flan pâtissier. 🙂
L’énergie se disperse sans effet évident mis à part la déformation des corps en présence. Bref, si c’est trop mou rien ne bouge.

Sors de ce corps mou, Satan !

Quelques exemples choquants

1- Un peu de vécu tout d’abord

Le contrat de réservation : une victime du zèle de notre administration !

J’ai procédé il y a quelque temps à une refonte de mon contrat préliminaire type (que j’utilise dans le cadre des VEFA).

Comme j’aime bien que les documents soient à la fois simples à comprendre, synthétiques et néanmoins réglementaires, j’ai aussi essayé d’optimiser la mise en page du document.

Et là, surprise sur un élément de formalisme stupide (enfin, pour quelqu’un de normalement constitué, hein 😉 ). Une sombre histoire de recto-verso obligatoire pour le coupon détachable pouvant être utilisé par un réservataire de logement pour se rétracter.
Au recto, l’adresse exacte et complète du réservant (le vendeur) et au verso les conditions de l’annulation, les mentions à compléter et la signature.
Vous voyez un peu le topo ?

En théorie, si ce fichu document n’est pas imprimé en recto verso, il n’est pas conforme à la loi… donc, je prépare un fichier pdf en calepinant mes pages paires et impaires et tout et tout.
Ce qui fait que mon document sera conforme chaque fois que je l’imprimerai en n’oubliant pas de sélectionner une impression en recto-verso.

Mais quand un agent immobilier ou un conseiller en gestion de patrimoine n’aura pas d’imprimante capable de gérer ce type d’impression, ou oublie tout simplement ce détail ?

Autre solution, imprimer le contrat chez un imprimeur et en distribuer à tous les intervenants commerciaux extérieurs.
Pratique pour les modifs et pour la diffusion, et bon marché aussi…

Encore un petit génie qui a rédigé ce texte de loi !

Mais le pire, c’est que ce texte n’aurait même pas du exister.

Car il provient du Code de la consommation, articles L. 121-23 à L. 121-26 et est le fruit d’une transposition d’une directive européenne (Directive 2011/83/UE).
Pourtant, dans cette directive il est prévu que ce type de contrat doive être exclu de la transposition car le consommateur est déjà protégé par des dispositions similaires du code de la construction et de l’habitation.
Hé oui…

Pour sourire encore un peu plus, on peut rappeler que parmi les objectifs affichés dans le Pacte de compétitivité du Gouvernement, il est prévu de lutter contre la sur-transposition du droit UE en droit national, pour simplifier la vie des entreprises !

Moyennant quoi, le lyrisme de nos scribes nationaux aidant, on se retrouve avec une sur-transposition d’une directive européenne, et deux textes qui visent le même objectif avec des dispositions pratiques qui frisent le crétinisme congénital.

J’adore ! 🙁


Certification : les luttes intestines

Autre petite incohérence : nous savons tous que la notion de simplification a été validée et que des pistes de réflexion sont en cours pour alléger les normes de construction.
En parallèle, les professionnels réclament a minima un gel de la réglementation thermique à court terme pour éviter la dérive des coûts et permettre les retours d’expérience sur la RT2012 avant d’aller plus loin.

Et voilà qu’insidieusement l’administration, avec sa petite voix doucereuse, murmure qu’il serait bien de mettre en place les labels HPE et THPE pour la RT2012.
Oh, pas de manière obligatoire bien sûr, non, juste pour permettre aux acteurs les plus éclairés de montrer la voie et d’inciter les autres à faire de même…

(avec mon commentaire personnel : éternel bal des faux-cul, le lobby des organismes certificateurs veut faire évoluer les labels qui constituent leur fonds de commerce, et certains rédacteurs rêvent ensuite de calibrer les aides de l’état en fonction du niveau de performance atteint, mais vu les finances nationales, plutôt en diminuant ceux qui n’atteignent que le niveau réglementaire qu’en donnant un bonus à ceux qui le dépassent)
C’est beau la poésie du non dit ! 🙂

2- Sénateurs = blagueurs ?

Tout le monde sait que les Sénateurs ne servent à rien qu’à mettre en valeur les Députés.

Dernier exemple en date lié au projet de loi ALUR, le vote en commission des affaires économiques du Sénat de dispositions visant à améliorer l’information des acquéreurs, dont le fait d’annexer une attestation mentionnant la surface loi Carrez et… la surface habitable !!!

A un certain âge, le bégaiement est toléré, je ne vois que ça !
A moins qu’ils ne soient que de grands farceurs ? (et spécialistes du comique de répétition peut-être ? 🙂 )

Mais on s’en fiche vu que le texte final sera forcément différent… (sauf que c’est révélateur, à la fois de la compétence et de l’état d’esprit « faites ce que je dis, mais moi je m’en affranchis »)

Simplification pour simples d’esprit ?

Vous voyez à la lumière de ce qui précède qu’en matière de simplification, la partie n’est pas gagnée. Au moins pour les simples d’esprit que nous sommes.

Ah mais non alors ! Pour les simples d’esprit, Walt Disney a déjà montré la voie du succès.
Simplet efficace, à coup sûr !

Le choc de simplification
La simplification, on en fait tout un tas, mais c’est CRO simple ! Voire Simplet ?

J’espère malgré tout que le mouvement général va s’intensifier et que les discussions en cours entre professionnels et pouvoirs publics aboutiront à un peu mieux que rien ou pas grand chose.

A quelques améliorations substantielles, en commençant par les rigidités inutiles de certaines normes de construction par exemple.

Je vous en reparlerai en temps utile si besoin.
C’est si beau un choc dur dans sa forme administrative…

Mais je préfère le chocolat. Histoire de goût. 😉

 

A part ça, si vous avez d’autres exemples d’avancées à contre-courant du mouvement de simplification, racontez nous vos histoires ! 🙂
(ça défoule)

2 réflexions au sujet de « Simplification immobilière : la théorie des chocs mous »

  1. Très bon article et un très grand nombre de vérités!! Plus de 3 500 normes à respecter tout au long de la construction d’un immeuble neuf (techniques, juridiques, commerciales..) et on parle de simplification, on devrait plutôt parler de révolution!! Quant à la phrase « le lobby des organismes certificateurs veut faire évoluer les labels qui constituent leur fonds de commerce », il est fou de constater le paquet de normes existantes ou à venir confortant un marché de certificateurs et contrôleurs techniques qui en ont le monopole!! Elle est belle la croissance des Cerqual ou promotelec, véritas ou socotec, qui bénéficient d’un marché fermé fondé sur les règles qu’ils ont eux même instituées!!

  2. L’immense mérite de créer un marché captif avec l’appui de la techno-structure au sens large… c’est quand même un art ! 🙂

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