Revisiter le logement ?

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Il y a des comiques un peu partout.

Des professionnels. Et des amateurs.

Comme ceux qui profitent de la séquence confinement pour expliquer qu’il faut tout changer. Revisiter.

Concevoir les logements autrement ?

Envolée magnifique d’altruisme et de discernement. 🙂

Ou expression d’une rhétorique vengeresse à visée compensatoire d’une frustration jusqu’ici contenue ?

Quasi confinée, quoi ! 🙂

 

Franchement… revisiter le logement !

Alors qu’on n’arrive déjà pas à le visiter ! 😉

Le confinement serait-il donc révélateur d’une médiocrité conceptuelle généralisée des architectes et maîtres d’ouvrage à l’œuvre depuis des décennies ?

M’enfin… un peu CRO gros pour être vrai, non ? 🙂

Une petite musique sans fausse note ?

C’est comme ça. On a périodiquement droit à une complainte.

Et le confinement remet en exergue le manque d’espace vital privatif.

Les logements sont trop petits et ne prennent pas en compte les gens qui vont y vivre.

Sans blague : trop petits ? C’est pas possible. Une révélation ? 😉

Depuis plusieurs centaines de milliers d’années, les grottes des CRO magnons sont trop petites, et depuis plusieurs décennies que CRO hante leur version moderne, on ne compte pas le nombre d’enquêtes d’opinion sur le logement idéal des français qui ont mis en avant que celui-ci, ô surprise, était plus grand que celui qu’ils pouvaient se payer.

Parce qu’un logement idéal, il est grand et pas cher. C’est con la vie… 🙁

Une Ferrari, une Aston Martin, une Rolls Royce, une Tesla aussi… c’est gratuit ! (enfin, on peut en rêver ! 😉 )

Concevoir un logement avec plein de mètres carrés, des pièces généreuses, des annexes abondantes, des espaces dédiés, des lieux de vie de rencontre ou d’intimité, mais bien sûr, ça, c’est le pied !

Sauf qu’il existe des contraintes. 🙁

Et n’importe quel monteur d’opérations, même un vrai débutant, vous dira que le plus difficile, c’est de faire bien avec un paquet de contraintes, dont peu de m², et pas quand on en a trop (des m²).

Quand la ressource est abondante, le mérite est faible et la difficulté absente : les ours pêchent bien le saumon à griffes nues quand le poisson remonte le cours d’eau en quantité.

Et certains chaluts ramènent parfois plus de déchets que de poissons.

Il faut donc avoir les moyens de ses ambitions et l’argent est le nerf de la guerre.

Qui pourrait en effet croire que des maîtres d’ouvrage professionnels et les concepteurs qui les accompagnent sur la durée n’auraient pas été capables de trouver l’optimum de l’équation actuelle dans le contexte et avec les règles du jeu applicables ?

Que tel ou tel individu puisse penser que les HLM ou les promoteurs (au hasard ! 🙂 ) s’en mettent plein les poches, personne ne pourra l’empêcher.

Mais allons au bout de ce raisonnement capitalistique : il faudrait alors également admettre que ces mêmes opérateurs ont forcément exploité à fond le système pour s’en mettre vraiment plein les poches.

En clair, ils auront donc optimisé le résultat par rapport aux contraintes.

Car si l’un d’entre eux avait trouvé un meilleur filon, avec l’hyper concurrence et la transparence de ces métiers, tous les autres lui auraient emboîté le pas !
(pour mémoire, tout le monde travaille avec les mêmes architectes, les mêmes bureaux d’études, les mêmes maîtres d’œuvre d’exécution et les mêmes entreprises, ce qui conduit à une circulation d’information inéluctable)

Ce qui signifie qu’à l’erreur d’optimisation près sur tel ou tel programme (en fonction des contraintes locales ou d’une éventuelle petite erreur programmatique) les pratiques et résultats actuels ne sont donc pas le fruit du hasard mais la résultante d’une équation systémique imposée.

On ne peut pas faire mieux en l’état.

Désolé de décevoir certains (quelques économistes, sociologues, architectes, journalistes…), mais non, quand une équipe de conception travaille sur un projet immobilier, ce n’est pas avec l’objectif de « ne pas prendre en compte les gens qui vont vivre dans un logement ».

Certains maîtres d’ouvrage ou concepteurs ont même intégré, au gré de leur parcours professionnel, des séances de travail d’analyse de la valeur ou d’ergonomie du logement (tiens, CRO en connaît 😉 )…

A contrario, leur objectif est de faire au mieux (ou au moins mal…) dans le cadre du carcan actuel (réglementation, foncier, travaux, fiscalité, etc) et en respectant aussi (bien sûr) les critères de rentabilité propres à leur secteur d’activité.

Et là, ce n’est déjà pas de la tarte. Alors, quand on nous la ressert régulièrement… c’est de la tarte à la crème qui a mal tourné.

Du coup, l’affirmation « plus rien ne sera comme avant » appliquée au logement est une affirmation 100 % gratuite.
Enfin, un truc gratuit ! 🙂

Mais non, c’est une blague ! Tout restera comme avant si on ne change pas les règles du jeu.
Et zut…

Ca tombe bien, on n’attend pas de proposition de plan de relance avant Septembre ou Octobre (plus les délais de discussion, de vote, de mise en œuvre et de début d’efficacité) ; espérons que le tempo soit accéléré car ça ressemble encore beaucoup trop au vieux monde en termes de réactivité.

Donc, le préalable (rappelez vous des cours de maths de vos jeunes années 🙂 ) quand on veut modifier le résultat d’une équation, c’est d’abord de modifier les termes de l’équation.

Les règles du jeu. CQFD.

Et sinon, un beau logement sans contraintes, c’est quoi ?

C’est une chimère ? Un mirage ? Un rêve ? Une réalité virtuelle diminuée ? 😉

En termes de m² ? Il faudrait pouvoir gagner un bon 25 % en surface habitable pour être tout à fait à l’aise dans son espace familial, mais ceci ne se décrète pas, ça s’organise.

Car un logement survitaminé, c’est un logement enrichi, le genre qui aurait été nourri au lait concentré sucré.
Hummm, vous connaissez ? 🙂

C’est comme CRO, quand il veut obtenir un bon résultat, il est obligé de se concentrer.
Pas le temps de faire le beau.

Ca donne un peu ça… 😉

CRO en tube de lait concentré
Le laid concentré ? J’crois bien que je me suis fait entuber, là…

Bon, l’essentiel du message est passé : même quand on pense qu’on est près du bonheur, on peut se faire entuber.
CRO moche comme résultat… 😉

Va falloir surveiller les arbitrages et les mesures et arrêter de croire qu’on peut modifier les résultats sans changer les règles du jeu.

Sinon, autant arrêter le championnat avant la fin de la saison ? 😉

 

Bon, allez, on remet la balle au centre.
Et bonne semaine, bande de confinés ! 🙂
(et, s’il vous reste quelques secondes pour vous arracher un sourire, toujours les devises du jour sur Twitter https://twitter.com/MursEtOrteils )

2 réflexions au sujet de « Revisiter le logement ? »

  1. Cher Cro, tout d’abord je trinque aux dessins ! Du talent, c’est clair. Pour les m2 disponible à la famille je pense qu’on peut faire mieux en restant dans nos ratio (0.90 mini shab/sdp)
    Pour cela il faut travailler sur les pk avec les instructeurs et les maires (1 pk c’est l’équivalent de 5 à 6m2 perdu dans l’habitat ; pourquoi trouve t’on des PLU avec 1.5 pk par logt?). Par ailleurs on peut mutualiser un certain nombre de fonctions ( comme les pk bien sûr) mais aussi les laveries, l’usage de matériel type vélo d’appart et autres tapis roulants en salle commune et rendre plus souvent disponible les toits terrasse à la collectivité. Ce sont quelques pistes…avant d’aborder les sujets de coliving par ex.

  2. @ Bil : qu’il soit possible d’améliorer, c’est sûr. Mais pas sans changer les règles. L’exigence de parkings automobiles est un exemple : on est souvent bien au-delà, à 2 + visiteurs par logement dans certaines communes de 1ère couronne de métropole provinciale, plus le stationnement pour les 2 roues. Un surcoût technique lourd (sous-sol…). On peut aussi gagner sur le coût du foncier, celui de la commercialisation des logements et sur les impacts financiers des servitudes de mixité sociale. Mais on ne pourra rien créer / répartir / améliorer avec le strict maintien du corpus réglementaire actuel.(au fait, pour les dessins, c’est Plumette le coupable ! 😉 ).

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