Objectif de 25 % : siffler la fin du ball trap ?

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crossemyopeLa place du logement social est souvent abordée en France sous l’angle quantitatif.

Depuis la loi SRU, en Décembre 2000, des objectifs sont définis en pourcentage du parc de résidences principales.

Il faut, à un terme donné, que le parc de logements sociaux atteigne ou dépasse un seuil fixé, initialement, à 20 %. Le début du bal.

Mais Cécilou, lors de son passage remarqué au mini  Stère (elle a miraculeusement échappé au bûcher !) du Logement en a rajouté une couche : 25 % en 2025, via sa fabuleuse Loi Duflot.

Début du ball… trap !

Reste à savoir si ce sport national est tenable sans casser la vaisselle de famille….

Pull !!!

 

Rendons donc grâce à Cécile de France (ah, non, ce n’est pas son vrai nom ?), illustre descendante (dés)enflammée de Jeanne D’arc (au bûcher près, hein, vu que mini Stère, c’était un peu court en bois pour un autodafé du logis 😉 ) pour sa contribution au progrès collectif.

La loi Duflot (oh, comme ce nom est doux à mes oreilles depuis que je l’entends moins 🙂 ), la loi Duflot, donc, a fixé pour 2025 un objectif de 25 % de logements sociaux.
Et hop !

Mais concrètement, ça donne quoi ?

Les objectifs de la loi Duflot en matière de logements sociaux

Grosso modo, les zones urbaines doivent donc faire l’effort de cheminer vers cet objectif de 2025 à 25 %.

cro profC’est à dire qu’en principe, en 2025, ces communes devront avoir sur leur territoire un parc de logements sociaux  correspondant à 25 % du nombre de résidences principales.

Dit comme ça, l’histoire paraît simple, mais c’est pourtant bien plus compliqué dans la réalité.
Question d’arithmétique.

Et encore, on n’évoquera pas les principaux effets collatéraux liés à la mise en oeuvre de cette politique (VEFA HLM, chartes etc…) qui sont autant d’effets secondaires à la potion tragique de nos bons docteurs.

Pour en revenir à l’arithmétique, dès qu’on fait tourner un tableur, on se rend compte de l’incompatibilité quasi absolue des objectifs officiels et des chiffres têtus de la réalité.

Une nouvelle manifestation de la supériorité de l’idéologie ou du fait politique sur l’intelligence collective ? 🙁

Sans science ni conscience, que reste-t-il de l’âme ?
(je sais, j’ai un peu adapté… 😉 )

Des paramètres peu compatibles avec l’honnêteté intellectuelle

hamster dameDans cette équation, il y a (en simplifiant un peu) 5 paramètres :

  • le nombre d’années séparant le point de départ de celui d’arrivée (2025, soit encore 9 ans d’ici là)
  • le pourcentage de logements sociaux exigé à terme (25 % puisque Cécilou l’avait décidé ainsi)
  • le pourcentage initial de logements sociaux de la commune concernée
  • le volume de construction de logements neufs chaque année (qu’on peut exprimer en % du parc de résidences principales initial)
  • et le % de ces logements neufs construits sous l’étendard du logement social

On pourrait complexifier un peu en disant aussi qu’il y a des logements sociaux qui disparaissent (la vente de logements HLM anciens) mais cela rappellerait de trop mauvais souvenirs aux plus anciens : comme une histoire de baignoire qui fuit en même temps qu’on la remplit…. 🙂

On ne le fera donc pas, car cela ne fait que rendre plus difficile encore l’atteinte de l’objectif.
Déjà que cet objectif est subjectif….

Si on prend l’exemple d’une grande ville de 600 000 habitants, donc environ 300 000 RP (2 habitants par logement), rares sont les agglos qui dépassent les 6 000 nouveaux logements par an, ce qui donnerait au mieux 2 % de construction neuve par an.

Si cette ville avait un taux initial de logements sociaux de 12 % et en consacrant 30 % de sa construction neuve au logement social, il lui faudrait…. 130 ans pour atteindre l’objectif !

Et plus de 43 ans si on faisait 40% de logements sociaux, ce qui semble un maximum (à mon avis impossible à tenir) en tenant compte à la fois de l’aspect psychologique et de la nécessité de laisser aux gens la possibilité d’acheter ou construire leur logement, mais aussi de l’outil de production du logement social incapable de soutenir une telle cadence.

Or le délai restant est de 9 ans….

Bien sûr, les résultats peuvent varier selon le potentiel constructible local (un territoire proche de la saturation ne pourra pas assumer un renouvellement annuel de 2 % pendant 40 ou 50 ans, car il n’y aura plus assez de foncier disponible pour renouveler la ville sur elle-même) ou selon le niveau du parc de logements sociaux à l’origine, mais la plupart des simulations donnent des résultats débiles.

cronderwoman-supercherieA tel point qu’on se demande si cela a été vu ou pas.

La réponse négative interrogerait sur la compétence de la machinerie politico administrative.

La réponse positive tiendrait du cynisme et de la posture idéologique sans issue.

Car les mathématiques sont éternelles alors que postures et impostures ne durent qu’un temps.

Il faut donc rectifier le tir, oui mais comment ?

Comment retrouver un peu de lucidité ?

Exit Cécile, parlons à Emma.
Qui, eu égard à son ascendance écolo, ne doit pas trop aimer les fusils ni le ball trap.

Parce que franchement, une interjection du genre « Emma, Pull ! » ce ne serait pas digne d’elle (et pas CRO digne de nous non plus d’ailleurs ! 😉 ).

Suggérons lui donc d’arrêter le tir aux pigeons et de casser inutilement de la vaisselle.

Et si on reparlait de l’objectif ?

crossemyope
« J’suis pas trop dans mon assiette, je vois rien dans l’objectif, c’est normal ? »  Pas CRO, non…

 

Pour réconcilier les maths et les objectifs, je ne vois que peu de possibilités :

  1. Allonger très sensiblement le délai pour atteindre l’objectif.
    C’est techniquement très facile, mais peut-être pas assez sexy politiquement dans le contexte actuel
  2. Diminuer le % affiché en tant qu’objectif.
    Ce serait logique, vu que le passage de 20 à 25 % n’était que de la poudre aux yeux d’une ministre en mal d’affichage.
    Mais c’est politiquement encore moins avouable que rallonger l’objectif
  3. Intégrer l’accession sociale dans les résidences principales comptabilisées sous l’étendard social.
    Ce serait là le plus simple et le plus glorieux en termes d’affichage, d’autant que nombreux sont les maires (y compris de l’actuelle majorité) qui avouent en privé y être favorables….

Alors, Emma, sois sympa et entends la supplique d’un chroniqueur (non, je n’allais pas vous la faire en 2 mots celle-là, faut pas CRO exagérer ! 🙂 ) :

Siffle la fin du ball (trap) : moins de « Pull ! » et plus du tout de pigeons

Tout le monde y laissera moins de plumes ! 😉

 

Ces histoires d’objectifs, ça vous inspire ?
Ou c’est bien pire ? 🙂

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