Mise en scène pour mise en vente

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Ah, la scène… Fabuleuse estrade pour camelots.

Il faut y soigner son entrée et donc travailler son texte en coulisses, pour ne pas trahir sa pensée ou rater ses effets.

De manche ? Heu, non. Au tarif où sont les logements neufs, faire la manche ne suffirait pas !

Ce qui implique, quand on est promoteur et qu’on doit mettre en vente un nouveau programme immobilier, un minimum de mise en scène et de documents à préparer avant de donner le top des parts.

La part du hasard (à minimiser), la part de marché (à maximiser), la part en thèse…. 🙂

C’est que, sans aller jusqu’à invoquer Rembrandt ou Molière, une certaine approche visuelle et littéraire est de rigueur.

Avant de refermer la parenthèse et de passer au suivant ?

Rideau ? 😉

 

C’est souvent difficile de se renouveler, de programme en programme.

Chacun est plus beau ou plus indispensable que le précédent.

Et donc nécessairement différent, n’est-ce pas ?

Encore faut-il s’en persuader et communiquer l’enthousiasme aux troupes sur le terrain.

Et aux clients. Mais comment ?
Avec un peu de savoir-faire cinéma !
Ou de théâtre ? 😉

Acte 1 Scène 1 : le plan de vente

Promoteur : pardon mon brave, auriez vous l’obligeance, ce tantôt, de bien vouloir commettre une ébauche de plan de vente à destination de nos bienheureux acquéreurs futurs ?

Architecte : heu, oui, en noir et blanc, en couleur ? Avec encadré, sans encadré ? Avec tableau de surfaces en colonne ? Une boussole pour indiquer le Nord ? L’isolant de la même couleur que les murs ? Combien de logos ? A quel endroit ? Et l’échelle ; oui ou non ? Avec quelles mentions de bas de page ? Vous avez une préférence pour la mise en page du logement ? Toujours à la même échelle ou occupation maximale de l’espace disponible ? Et pour l’orientation, une marotte, une lubie, une idée fixe, ou on fait comme on le sent ?

Promoteur : hola, maraud, vous moquez vous de ce pas ?

Architecte : ben non, c’est juste que je n’ai pas envie d’y revenir 10 fois, alors si vous pouviez me donner toutes les contraintes d’un seul coup, ce serait bien…

Promoteur : diantre, quelle méfiante exigence que voilà ! Comprenez bien, mon cher ami, que ce n’est point pour nous que ces plans de vente sont à réaliser, mais pour séduire nos clients. Et pour avoir l’heur de leur plaire, nous souhaitons de la couleur, du style, de la clarté, de la classe, quoi !

Architecte : …..d’accord, mais pour la réponse à nos questions ?

Promoteur : laquelle par exemple, mon bon ?

Architecte : je ne sais pas moi, la mise en page du logement par exemple ?

Promoteur : ah… il faut occuper tout l’espace disponible, bien sûr ! Il est quand même de satisfaction constante pour un client de constater que le logement est aussi dodu que son prix ! Impossible d’avoir un croquis tout rabougri au milieu d’une page vide quand les prix gonflent.

Architecte : ah, ça, pour gonfler…

Promoteur : plait-il ?

Architecte : hum, non, rien, une saute d’humeur personnelle et vagabonde…

Acte 1 Scène 2 : la plaquette de vente

Agence de com : ah, super, et on fait comme la dernière fois pour ce nouveau programme ?

Promoteur : non point gente dame, non point. Il avait déjà été délicat de se mettre d’accord sur le nom du programme

Agence de com : mais non, c’était très bien ; ou alors, on reproduit le même type de support que pour « Le Palais Tuvier » ?

Promoteur : heu, non merci. Que du rose en 36 pages, format carré 20×20 avec bords arrondis, pelliculage intégral et quadri + pantone partout, photos exclusives de Studio Tavuléprix… C’était fort ruineux et quelque peu tape à l’œil, ma fois…
Et on n’a rien vu de positif sur la courbe des ventes !

Agence de com : peut-être, mais c’était trop la classe, quand même !

Promoteur : non, non, on va faire du neuf. Aucun frein à la vente. Sinon, avec des plaquettes usées, on va rater le virage commercial ! Je préfère que l’on soigne les textes, qu’on les dorlote, qu’on les mitonne, qu’on biberonne le contenu !!!

Agence de com : (soupir)… bon, et on part sur quelle piste, alors ?

Promoteur : simple et de bon goût. Et pas trop cher. Le genre de plaquette qui n’explose pas le budget comm et qui rassure le prospect désorienté et le ramène dans le droit chemin. Celui de la décision d’achat, bien sûr !

Agence de com : je peux garder le format carré au moins ?

Promoteur : mais bien sûr, il est tellement pratique… mais comment voulez vous que le client y range ses documents A4 ? Bande de manants du quaternaire !

Acte 2 Scène 1 : la notice commerciale

Service marketing : Cédric, pour l’annexer au contrat de réservation, pourriez vous nous faire une proposition de notice descriptive pour le lancement commercial ? Quelque chose d’assez léger si possible ?

Service technique : pas de problème Audrey, une bonne petite notice truffée de détails techniques bien représentative de la qualité objective du programme ?

Service marketing : heu, non Cédric, pas comme le coup d’avant ; c’est la notion de qualité perçue qui nous intéresse, pas le panégyrique des solutions techniques retenues.

Service technique : pané quoi ? Il est pas né celui qui va m’apprendre à faire une notice de qualité, hein !

Service marketing : bon sang, c’est pas gagné… mais non mon petit Cédric, c’est très bien tous ces détails, mais une notice de quarante pages c’est indigeste.

Service technique : y a à boire et à manger au moins !

Service marketing : oui, mais non. Il nous faut du plus facile à lire et du moins détaillé ; commercialement c’est plus vendeur et juridiquement c’est moins risqué !

Service technique : toujours pareil, la vérité ça ne vous intéresse pas.

Service marketing : mais si, mais une vérité facile à raconter et en 4 pages, d’accord Cédric ?

Acte 2 Scène 2 : épilogue

Promoteur : bonjour M. Duclient, prenez donc la peine d’honorer ce fauteuil de votre auguste présence ! Nous vous avons doctement préparé le contrat préliminaire, en deux exemplaires originaux.

Client : mais qu’est-ce qu’ils ont d’originaux ? Ils sont identiques !

Promoteur : c’est une façon policée de présenter les choses ; après l’apposition de nos signatures originales chaque document le devient derechef.

Client : ah, un peu comme vous quoi ?

Promoteur : mais qu’est ce qui vous fait dire cela, mon cher Monsieur ?

Client : je ne sais pas, moi, un petit quelque chose de décalé, voire suranné ?

Promoteur : ah bon. J’aurais plutôt dit classique, comme mon célèbre trisaïeul CROlière ! Allons, signons donc !

Molière en mode CRO
Avec un nom de plume, signer devient forcément plus simple ! Ou pas ?

Client : mais enfin, qu’est ce qui vous rend si sûr de mon accord ?

Promoteur : facile ! Comme dans toute bonne pièce, après un peu de mise en scène(s) on finit par passer à l’acte, et c’est bien tout ce qui compte !

Client : et vous croyez que je vais vous filer un aussi gros paquet de billets pour une si petite pièce ? Révisez vos belles certitudes, mon bon Monsieur !

Rideau…

Ah, ces promoteurs, toujours aussi modestes et subtils, n’est-ce pas !
Avares, misanthropes et malades imaginaires de surcroît ?

Peut-être… mais pas en même temps et pas tous ! 🙂

Enfin, espérons ! Coucou Maman… 😉

 

C’est dur d’avoir des certitudes, vous ne croyez pas ?
Sans doute… mais bonne semaine quand même ! 🙂

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