Le logement social en question

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acrobateVaste sujet que le logement social.

Dans notre beau pays de Gaule (avec un seul L !), le sujet –  même s’il est général 😉 ) est confié à des spécialistes depuis des décennies.

Le premier ministre vient d’annoncer ce Vendredi 6 Mars une série de mesures ou d’orientations théoriquement propres à remettre de l’efficacité dans ce « système logement » complexe et donc nécessairement imparfait.

Mais quel est le diagnostic de départ ?

Et la logique d’amélioration est-elle pertinente ou vouée à l’échec ?

 

Il nous est déjà arrivé de parler du logement social.

Récemment, au sujet de la loi SRU et de la carence locative, ou un peu plus tôt à propos de la programmation annuelle des logements sociaux.

Voilà que l’actualité nous rattrape et que Manuel Valls descend dans l’arène et entend prendre le taureau par les cornes.

Sans doute un réflexe hispanique ? Olé !

Le contexte du 6 Mars 2015

Nous baignons dans un contexte de tensions sociales exacerbées par les évènements du 7 Janvier. Et le logement n’est pas considéré en tant que tel mais en tant que facteur susceptible d’aider à la résolution des problèmes.

Pourquoi pas ?

Sauf que cette politique du logement là a déjà montré ses limites depuis plus de 15 ans dans les quartiers difficiles, où le vrai débat n’est pas tant le logement que les perspectives d’avenir, emploi en tête.

Beaucoup a déjà été fait, à coup de coûteuses démolitions reconstructions sans que le climat général ne change. 🙁

Car si le changement de décor via le logement peut améliorer les choses à la marge, il n’est pas le facteur essentiel dans un univers où tous les regroupements concentrent de fait les difficultés.

Les vieilles recettes du logement social

Imaginez que vous vouliez faire un très bon gâteau (avant de le partager…). Vous allez commencer par vous procurer une bonne recette et la suivre scrupuleusement.

Exemple :
Sortir les oeufs à l’avance.
Eplucher les pommes, enlever le coeur et les pépins et couper en tranches fines.
Faire fondre le beurre. Préchauffer le four à 180°C. Beurrer le moule.
Dans un saladier, battre le yaourt, les oeufs, le sucre et le sucre vanillé.
Soigneusement mélanger le tout.
Tamiser la farine et la levure au-dessus de la préparation.
Ajouter les tranches de pomme et le beurre fondu.
Verser dans le moule et faire cuire.

Qu’est ce qu’on comprend en lisant ça ?
Que pour réussir sa pâte et son gâteau, il faut qu’à partir d’une diversité d’ingrédients tout soit bien mélangé et bien homogène.

Ca permet d’éviter les grumeaux et d’avoir un gâteau qui a bon goût. 🙂

Le système du logement social en France, c’est l’inverse.
On regroupe d’abord et on parle ensuite de politique de peuplement (logiquement) à l’intérieur des poches ainsi créées.

On concentre et après on parle de diluer….
Et si on commençait par éviter de concentrer ?

Imaginez un gâteau où vous tomberiez régulièrement sur des poches de farine ou de sucre ou de blanc d’oeuf ou de fruits confits amalgamés. Ca nous fait un bon gâteau, ça ?

Non, c’est le genre de recette qu’on pourrait trouver sur le Bon Coin, section « farces et attrapes » (si elle existe) mais sûrement pas l’idéal du pâtissier.

C’est pareil pour le logement social. Le problème est structurel.

Diagnostic et propositions des pouvoirs publics

Je vous résume le tout : on continue et on tape plus fort.
Ca ne marche pas depuis des décennies, donc on insiste. On s’acharne.

aCRObate
C’est que… le plus difficile c’est de savoir quand lâcher prise ! La peur du vide ?

Au point de confondre volonté et obstination stérile.

Un peu comme le gars qui ferait un forage à côté d’une poche de pétrole et qui creuserait toujours plus profond avec acharnement. Avec à peu près autant de chances de succès que celles de transformer un homme des cavernes en blogueur immobilier (zut, comparaison hasardeuse 😉 mais vous avez saisi l’esprit de la comparaison…)

Le premier zigoto venu leur dirait : mais non, arrêtez de creuser jusqu’au centre de la terre, vous vous épuisez et il n’y a pas de pétrole.
Levez plutôt la tête et faites plein de petits trous ailleurs pour en trouver.

Donc, les propositions évoquées restent dans cette logique là.

Bien sûr, il est question d’éviter l’effet ghettos.
Mais comment y parvenir effectivement sans rien changer au mode de fonctionnement actuel ?

En demandant aux opérateurs sociaux de sortir certains ménages vers des quartiers moins populaires par une modulation de loyers interne ? Lent et difficile.

En poussant à une construction de logements sociaux accélérée (les 25 % de la loi ALUR appliqués strictement), alors que les HLM peinent déjà à construire leurs volumes actuels du fait d’un équilibre de gestion difficile à atteindre (nécessitant davantage de fonds propres du fait du recul des subventions d’état et de collectivités locales, ce qui ne va pas s’arranger dans le contexte budgétaire proche…) ?

On en restera aux incantations et à de futurs constats d’échec. C’est déjà écrit.

Quelle autre voie pour sortir de l’impasse logement ?

Comme pour le gâteau, il faut bien mélanger.

Comme pour le ghetto, il faut bien mélanger.

Et pour bien mélanger, il faut en mettre un peu.
Et partout. Un peu partout, quoi.
Pour une vraie mixité spatiale et sociale.

Et donc ne pas se cantonner au système sclérosé et à bout de souffle qui confie l’exclusivité du logement social à des spécialistes. 🙁

Car des opérateurs spécialisés, quand ils font leurs immeubles spécialisés (par le financement et leur occupation), créent automatiquement des concentrations plus ou moins bien vécues par les occupants de ces ensembles et par leurs voisins.

En disant cela, je ne critique pas ces organismes en eux-mêmes, ils sont partie prenante d’un système qu’ils ne peuvent pas remettre en cause sans se remettre eux-mêmes en question, et nombre d’entre eux s’acquittent honorablement de leur tâche en fonction des règles qui leur sont imposées.

Ce qui est idiot, c’est ce postulat de base imbécile qui dit que c’est le logement qui est social et qu’il faut donc des spécialistes.

Idéalement, chaque logement devrait pouvoir être social mais sans devoir l’être.

C’est de cette manière que l’on pourrait vraiment diluer, démocratiser et répartir les ménages. 🙂

Dans cet esprit, la question devient donc : comment organise-t-on l’accès à des logements ordinaires (ou quasi ordinaires) à des ménages sociaux ?

Sans que ce soit le logement mais son occupant qui soit social.

Donc : quels niveaux de loyers, quels revenus, quelles aides au logement ?
Quelles interfaces, quels garde-fous, etc…
Joli chantier en perspective !

Monsieur le Premier Ministre, il est plus que temps de penser à jouer aux Légos grandeur nature, et à démonter les briques d’une machine en panne pour reconstruire un autre modèle.

Avec des logements ordinaires et pourtant sociaux par destination répartis à la demande en fonction des besoins réels sur tout le territoire, sans ghettos ni déserts. Sans acteurs dédiés, ni corporatismes, ni pourcentages abscons.

Créativité et courage, la « cerise sur le ghetto » ? 😉

 

Ah, ça soulage ! Je commence à saturer des schémas éculés et sans avenir…
Et vous ?

 

 

 

 

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