Le logement idéal, c’est toujours plus ?

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La recherche de l’idéal rendrait-elle les individus inconséquents ?

Et la recherche du logement idéal n’oscillerait-elle pas entre incompréhension basique et utopie ?

Dans le dédale de la logique du logement, rares sont ceux ou celles ayant suffisamment de repères et de profondeur de champ pour ne pas rester en rase campagne ! 🙂

Quoique. Faire campagne pour l’idéal ne serait pas si rasoir.

A condition de savoir ce qu’est cet idéal et en quoi les pratiques actuelles nous en éloignent tellement.

Mais là… affronter cette distorsion d’horizon souhaitable va demander beaucoup d’énergie. Toujours plus ? 🙂

Ou de sens du dialogue ? 😉

 

L’opacité de la politique du logement la rend si belle.

De cet objet insondable, à la logique absconse et protéiforme, émane un magnétisme indiscutable.

Parfaitement inutile, elle demeure mystérieuse et incompréhensible, reflétant – à ceux qui veulent pénétrer sa raison d’être – leur seule image et celles des pratiques actuelles.

Miroir sans âme, polie en surface et creuse en son centre, piteuse sphère sans atmosphère. Mais officielle.

Et loin d’un quelconque idéal ? 😉

Dessine moi un idéal…

Ben, tiens, non, je préfèrerais encore vous dessiner un mouton !

L’idéal, mais ça ressemble à quoi un idéal ?

Et puis franchement, un idéal qu’on n’a jamais aucune chance d’atteindre, pour idéal qu’il soit, il vous fait une belle jambe ! 😉

Un idéal qui fait rêver pendant que le quotidien vous fait souffrir, c’est ça l’idée ? 🙂

Non… Faudrait être bête à manger du foin !

Ah, oui, quand même…

Du coup, je ne suis pas sûr d’arriver à comprendre, ou de vouloir faire cet effort, cette volonté de fuite en avant vers le toujours plus qu’on appelle le progrès.

Mince alors, on n’était pas heureux il y a 20 000 ans ? 🙂
En famille…

La famille, support de l'immobilier

En harmonie avec la nature…

En paix avec sa conscience ?

En prise avec les réalités de son temps…

Ah… l’idéal… et si ce n’était pas quelque chose d’inatteignable, mais un but raisonnablement accessible ; comme le bien qui n’est pas toujours moins bien que le mieux ?

Un idéal qui serait un compromis plutôt que compromis.

Et qu’on pourrait donc atteindre ! Idéalement… 😉

Et la déclinaison du logement idéal, alors ?

Oh, purée ! Là, ça devient encore plus sensible comme sujet.

Car il va falloir taper sur tous les acteurs du monopoly du logement, sur des décennies de mauvaises pratiques enkystées, sur des logiques absurdes et irresponsables sacralisées par le temps et la bien-pensance généralisée ; lutter contre la pensée unique ou « mainstream« , remettre en cause le consensus mou de la facilité court-termiste, les chapelles et les opportunismes de tout poil.

Autrement dit, opposer utopie raisonnable à réalité actuelle déraisonnable ? 😉

Mais oui, car qu’est ce qui est le plus improbable : maintenir une trajectoire inepte emplie de faiblesses (bien qu’en « vigueur » 🙂 ) ou imaginer autre chose, plus simple, plus frugal et plus responsable ?

De la politique de l’oreiller aux travers sains ?

Un édredon, c’est mou et ça s’écrase. Un peu comme la politique et les pratiques du logement depuis fort longtemps.

Pas de consistance, pas de colonne vertébrale, pas d’objectifs, pas de vision.
Juste des petits pas, vendus à chaque fois comme un grand progrès, alors qu’on fait du surplace…

Bouger, s’agiter , communiquer, sortir un décret ou une loi sparadrap (le drap c’est pour aller avec l’oreiller ?) ça amuse la galerie, ça fait gagner du temps et ça ne change pas grand chose au fond.

Le Titanic poursuit sa route, avec la bonne (in)conscience des esprits sans lendemain.

A croire que la consigne implicite serait « Couvrez donc ce travers sain que je ne saurais voir ! » . 😉

Et si on en parlait ? Un petit dialogue juste entre nous, hein ? 🙂

Candide au pays des sachants : le dialogue incongru

Candide : ah, ça fait du bien de discuter avec quelqu’un qui comprend tout du logement. Je sens que vous allez bien m’expliquer ! 🙂

M. Je Sais Tout : euh, oui, certes, mais si on commençait par une question simple ?

C : bon, pourquoi les nouveaux quartiers construits dans les ZAC sont-ils si moches ?

MJST : c’est parce qu’ils sont le fruit de concours et d’une sélection féroce !

C : quoi ? On sélectionne les plus moches ???

MJST : mais non, on établit un cahier des charges, des grilles d’évaluation, et on statue sur l’attribution d’îlots constructibles par un jury de professionnels !

C : un cahier décharge ? Mais tout s’explique ! Pourquoi donc ne pas le mettre à la poubelle ce cahier décharge ? Et essayer de penser urbanisme, continuité urbaine, harmonie, plutôt que de produire des objets insolites ?
On dirait des vaisseaux spatiaux ces îlots, pas des morceaux de ville !

MJST : n’importe quoi ! Et les aménageurs en profitent pour faire mieux en demandant des labels, des performances supérieures à la réglementation !

C : parce que vous croyez que des labels et des performances, c’est le cœur du sujet ?

MJST : mais oui, les aménageurs sont le bras armé des collectivités et ils montent le curseur un peu plus à chaque fois  ; c’est bon pour la communication et donc pour leurs mandants, et donc pour eux. Faut bien qu’ils assurent leurs carrières, hein !

C : ah… je comprends, c’est à cause de ces carrières que la pierre est chère ! 😉

MJST : on ne devrait pas le dire trop fort, mais l’objectif n’est pas de produire à moindre coût. En tant qu’aménageur parapublic officiel, il faut aussi gagner de l’argent.

C : donc, si je résume, le côté public incontournable de l’aménageur lui sert pour mettre sous coupe le marché foncier avec la bénédiction des pouvoirs publics locaux, le tout en positivant à des fins de communication les surenchères dues aux concours, labels et autres sur-performances, c’est bien ça ?
Ce qui ne les empêche pas de produire régulièrement des quartiers plus moches que la production ordinaire ?

MJST : hé ho, plus moches, ça se discute. Pas tout le temps. Et au moins, c’est une démarche vertueuse d’exiger davantage des opérateurs que ce qu’ils auraient bien voulu faire spontanément !

C : oui, c’est sûr, d’autant que ce ne sont pas les aménageurs qui payent si j’ai bien compris…

MJST : non, ce sont les acquéreurs des îlots, ce qui renchérit d’autant le prix de revient de leur production. Mais c’est le sens de l’histoire !

C : ouais, c’est surtout un non sens, votre histoire ! Vous irez dire à ma maman qu’une baguette premium officielle trop cuite et qu’elle ne peut pas se payer vu son prix lié aux dépenses de comm° est mieux que la baguette classique qu’elle arrive encore à acheter !

MJST : vous, vous n’aimez pas les aménageurs !

C : uniquement depuis que je comprends les travers de certains… Et les promoteurs, pourquoi ils acceptent tout ça ? Ils ont les fils qui se touchent ?

MJST : les promoteurs… mais ils mangent dans la main des aménageurs, ils pleurnichent pour avoir du terrain constructible, ils tueraient père et mère pour un bel îlot plein de m². Faut qu’ils fassent tourner la machine, sinon le directeur régional se fait virer, ou tout autre fusible interne. Eux aussi, ils ont des carrières ! Et au-dessus d’eux des conseils d’administration et des PDG qui veulent garder leur place, et donc faire du volume, du bénéfice et soigner leurs actionnaires.
C’est du velours pour les aménageurs ; les promoteurs se plaignent et critiquent les méthodes ou critères, mais à la fin ils courbent l’échine devant les maîtres du jeu !

C : c’est les aménageurs, les maîtres du jeu ?

MJST : heu, non, les aménageurs ce sont les sous-maîtres chargés de soumettre au maître les mètres carrés et leur attribution. 🙂

Un géomètre préhisto : GéCROmètre
Héhé, mais c’est CRO, le maître des mètres ! GéCROmètre !


C :
ce sous-maître ou ceux des maîtres… j’ai déjà entendu ça quelque part… 😉

MJST : une simple question de pouvoir sans contre-pouvoir !

C : mais rassurez moi, les opérateurs sociaux, eux, ils sont plus vertueux ?

MJST : aïe, arrêtez, j’ai les lèvres gercées, ça me fait mal de sourire !

C : quoi, qu’est ce que j’ai encore dit ?

MJST : mais on leur fait la même chose aux HLM ; on les pousse à la faute, on leur réclame toujours plus et mieux. Avec les chartes, les cahiers des charges, les expérimentations, on pousse le prix de revient à la hausse.
Et avec la concentration des acteurs, on les flique de plus près. Et pour leur permettre de se refaire la cerise, on leur lâche la possibilité d’augmenter les loyers !

C : hein, mais je croyais qu’il fallait modérer les loyers ?!!

MJST : oui, comme le prix de l’essence ; la TIPP du logement social, c’est la course à la performance !

C : là, vous m’avez perdu…

MJST : simple. Pour le calcul d’un loyer HLM, il y a un loyer de base, le loyer principal. Celui-là est déterminé selon des règles édictées au niveau national.

C : ben, je vois pas où est le problème ?

MJST : c’est après, le problème. Il existe des coefficients de majoration du loyer principal et des loyers accessoires qui permettent de faire grimper la note ; et ça c’est négocié localement.
Par exemple, les jardins, des éléments de confort supplémentaires, l’application de labels comme NF ou Qualitel, des majorations de surface habitable, des prestations comprises dans une charte, bref toute une palanquée de critères qui permettent d’augmenter le loyer pour une meilleure rentabilité !

C : rentabilité, c’est pas un gros mot par rapport à la modération des loyers ?

MJST : mais non, c’est logique d’avoir une exploitation équilibrée !

C : mais si on ne forçait pas les HLM à en mettre toujours plus, avec un prix de revient un peu plus maigre, on pourrait avoir des loyers plus bas ?

MJST : oh, l’innocent…

C : quoi ?

MJST : mais certains acteurs du logement social ne veulent pas se tenir au minimum ; c’est leur fierté de faire toujours mieux et surtout mieux que le privé ! Et puis il faut bien aussi soutenir certaines filières… 😉

C : v’la autre chose…

MJST : l’administration du logement au niveau national adore impulser ce qu’elle croit être le progrès technique. Et le meilleur moyen c’est de précéder l’évolution de la réglementation officielle par une période de test avec la mise en œuvre de labels. Par exemple, le label BBC a précédé la RT2012 !
En plus, dans les hautes sphères, il y a beaucoup de gens qui s’apprécient et qui se cooptent. Il faut bien aider l’innovation à progresser.

C : euh, aider l’innovation à progresser ou favoriser l’évolution du chiffre d’affaires des certificateurs ?

MJST : mais c’est pareil ! Comme deux droites parallèles…

C : mais tout ça nous mène où ?

MJST : au même endroit mais mais nulle part, puisque tout est contradictoire et que le bateau est ivre.

C : et les solutions ?

MJST : les fausses solutions sont déjà à l’œuvre ; OFS, BRS, BRI… toute la sophistication juridique et une mobilisation financière importante pour dissocier le foncier du bâti.

C : mais ça change quoi ?

MJST : quand on est incapable de maîtriser les prix par une politique sans queue ni tête, et que le logement devient hors de prix pour les gens ordinaires, on change de logique !
On sacrifie leur droit à un logement accessible ou à une pleine propriété et à une vraie transmission patrimoniale pour constituer des parcs de logement social ou intermédiaire auto-renouvelables.
On change le cheptel à l’intérieur du parc mais le parc est toujours là dans le temps.
Fini l’ascenseur social par le logement, on préfère se résigner, comme un cheval qui contourne l’obstacle ou un perchiste qui demanderait à ce qu’on baisse la barre parce qu’il a trop grossi.

C : mais c’est nul !

MJST : ça, c’est une évidence…

C : il y a sûrement des solutions ?

MJST : oui, travailler le mental du perchiste… 😉 ; construire plus dense dans une logique de développement durable pour ne pas consommer de terres agricoles et favoriser la mutation du tissu urbain. Se servir de cette sur-densité pour plafonner le prix du foncier à un niveau raisonnable, stopper la course aux excès en tous genres dont le premier responsable est la sphère publique, gérer une transparence sur les coûts de commercialisation.
Bref, repenser totalement la chaîne du logement trop éclatée entre de multiples chapelles (politiques, administration, opérateurs, financeurs…) défendant trop de prés carrés antagonistes.

C : hé bé… Pas gagné, tout ça !

MJST : mais si, c’est pour demain. 😉
Il suffit simplement de compétence, de vision, de projet et de courage. De si simples ingrédients… 🙂

Comme quoi, avec du dialogue, on arrive à entrouvrir certaines perspectives.
Idéalement… 🙂

 

Demain est un autre jour et l’espoir fait vivre.
Bonne semaine à tous, bande de candides ! 🙂

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