La tarte à la crème du bonus de constructibilité

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crollanderepassageC’est extraordinaire !

J’ai toujours aimé les bonus. Et les cadeaux.
Alors un cadeau Bonus, vous imaginez ! 😉

C’est si près de la philosophie du cadeau Bonux, que j’imagine que ce sont des enfants qui y ont pensé !

Dans le paquet, bien emballé, beaucoup de poudre (aux yeux) et un cadeau qu’on cherche longtemps, pour finir par être déçu.

Le bonus Bonux de constructibilité, j’en ai rêvé, Emma l’a fait (du logis).

Emma, la fée du logis ?

Et François ? Mais tout s’explique, alors ! 🙂

 

Pourquoi cracher sur un cadeau ?

Parce que les promoteurs sont des gens désintéressés ?

Oui, vous y êtes presque ! 😉

Ou parce que ce fameux bonus n’est globalement qu’un miroir aux alouettes, doublé d’un faux-nez plus difficile à assumer ?

Ah. Et pourquoi ça, s’il vous plaît ?

Au commencement était l’arrêté du 12 Octobre 2016

Et, le premier jour, Dieu créa la lune ; celle que les hommes naïfs pensaient pouvoir décrocher en tendant la main.

Ce fameux arrêté du 12 Octobre 2016 fixe ainsi les conditions permettant de bénéficier du bonus de constructibilité.

Car le parcours qui mène à la prochaine réglementation nous fera sortir de l’exclusivité thermique des textes précédents pour aborder en complément de nouveaux rivages comme le carbone, la qualité de l’air ou les matériaux bio-sourcés.

L’ANIL explique bien, de son côté, la genèse de la démarche et les contours du bonus.

crompanyCette histoire de bonus serait ainsi de nature à motiver plus d’un promoteur sain d’esprit.

Donc, un bon gros bonus, ça devrait peut-être logiquement me motiver ?
(quoique, l’esprit sain, ça n’est pas donné à tout le monde… 😉 ).

Or, cette annonce laisse mon cortex de marbre, mon encéphalogramme aussi plat qu’une limace au sprint, mes neurones aussi excités qu’un paresseux au mois d’Août…

Bref, ça me surmotive ! Pourquoi ? Parce que… 🙂

Parce que c’est du pipeau pour l’essentiel : le cadeau n’est pas garanti !
Moins bien que Bonux ! Les gosses vont être déçus. 🙂

D’une part, il faut que les conditions objectives du projet de construction soient remplies (ce que les certificateurs vont se faire un plaisir d’attester moyennant honoraires 🙂 ).

D’autre part, il faut que la collectivité ait ouvert cette possibilité dans son PLU.
Sinon ? Sinon, n’espérez rien du tout. 🙂

Or, à part quelques collectivités militantes ou certains territoires spécifiques, l’ouverture d’un droit à sur-construire jusqu’à 30 % de plus que les règles de base du PLU paraît à tout le moins optimiste.

La plupart des collectivités ont plutôt tendance à expliquer aux promoteurs – dans des instances de pré instruction de permis de construire par ailleurs illégales – que le PLU est un maximum et qu’il serait bien de diminuer l’emprise ou d’enlever 1 ou 2 étages, ou de reculer un peu etc… 🙁

Car faire plaisir aux voisins, par ailleurs électeurs, est souvent une priorité sous-jacente que la qualité technique d’une construction au sens large du terme ne pourra jamais contre-balancer.

Donc ? Donc, la triste conclusion est qu’en général, vous pourrez toujours repasser ! 😉

Remarquez bien, repasser, ce n’est pas toujours totalement inintéressant

Surtout avec un peu d’entraînement !

crollande repassage
Huhu…. moi, j’aimerais bien repasser en 2017… alors, je m’applique !

 

Bon, finalement, c’est peut-être Emma la fée du logis, mais c’est quand même François qui se tape le repassage…

Point CRO n’en faut ! 😉

L’enfer est pavé de (fausses ?) bonnes intentions

Oui et non, yin et yang, blanc et noir, 0 et 1, vrai et faux : simplifier à l’extrême est souvent tentant mais rarement exact dans la vie réelle.

Le mode binaire convient bien au coeur des ordinateurs, mais pour le reste, la subtilité, même si elle n’est pas toujours perçue, est au coeur d’une réalité toujours complexe et souvent mal décodée.

C’est un peu le débat qui nous occupe quand on nous rebat les oreilles avec « le bonus de constructibilité »… autrefois appelé le surCOS.

Mais comme le COS est défunt il nous fallait bien une nouvelle appellation vendeuse ! 🙂

crolamaN’y allons pas par 4 chemins : cette approche en forme de cadeau compensatoire m’énerve un peu CRO.

Car les valeurs énoncées depuis 2 ou 3 ans par les sphères dirigeantes de « la politique nationale du logement » s’appelaient d’abord simplification, pause normative, maîtrise des coûts.

Une humilité, une frugalité et un souci d’adaptation au contexte enfin bienvenus, au moins au plan des principes.

Mais la récente embellie de la production de logement, le lobbying des organismes certificateurs et l’approche d’échéances électorales ont sans doute créé une surpression à laquelle il était difficile de résister.

A condition de l’habiller d’une surcouche de com pour l’acceptabilité de la démarche.

Résumons le topo :

  • les pouvoirs publics se font mousser sous couvert de progrès technique et écologique
  • les pros de l’immobilier laissent faire dans une période où leurs affaires marchent mieux
  • les lobbies de la certification se frottent les mains (il était temps d’avoir un peu de nouveauté, car on ne peut pas se contenter de certifier la norme juste légale, c’est l’exception qui justifie le label)
  • on camoufle la dérive des coûts sous un prétexte d’expérimentation avant-gardiste et volontaire de la future RT2018 ou 2020
  • et on donne un sucre d’orge frelaté pour justifier d’une compensation : le bonus de constructibilité !
  • CQFD, la boucle est bouclée et nous n’avons qu’à faire pareil… 🙁

Finalement, c’est pas si compliqué la Cosse métique.
Sur le principe….. car la réalité est plus subtile, rappelez vous ! 😉

Intérêt relatif et conséquences réelles

Critiquer, c’est très facile. Oui, mais que faire quand son esprit crie tique ?

La chasse aux idées parasites ! 😉

Que la construction neuve progresse dans le sens d’une maîtrise de la qualité de l’air ou d’un moindre gaspillage de ressources en général n’est pas négatif en soi.

crorigamiCe qui est plus gênant, c’est que cette course aux armements va encore pousser les prix de revient du neuf vers le haut :

  • rendant ainsi plus difficile l’accession à la propriété, malgré le miracle des taux bas actuels
  • sans que les organismes de logement social n’aient de compensation (sauf à pousser aussi les loyers accessoires vers le haut, au prétexte d’un label ou d’une certification de plus)
  • alors que le niveau technique et thermique est déjà tellement plus performant que les constructions d’il y a quelques années
  • aggravant ainsi l’écart – aussi bien de prix que de qualité technique – avec le logement existant
  • alors que l’enjeu principal est le stock (la masse des logements existants) et pas le flux (la production neuve annuelle, déjà performante).

Bref, l’impression générale laissée est celle d‘une course ininterrompue vers du toujours plus, en profitant d’une micro-fenêtre de tir contextuellement favorable, suivant la logique éternelle des conseilleurs qui ne sont pas des payeurs.

Avec la tentation subliminale d’une émergence de marketing réglementaire et de sa com avant tout autre considérant. 🙁

Et alors qu’aucun des problèmes structurels de la politique du logement n’est réglé.

Toujours aller dans le sens du plus facile – ou du plus opportun apparent – sans jamais résoudre le difficile – et pourtant indispensable – est-ce la vocation première d’un corpus réglementaire ?

Tu parles d’un cadeau ! 🙂

 

Bon, je vous laisse  choisir votre activité : repassage ou repas moins sage ? 😉

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