L’enfer du paradigme artificiel

Accession à la propriété, Billets d'humeur, Investissement locatif Laisser un commentaire

Il y a paradis et paradigme.

Des paradis artificiels qui ne valent pas un radis.

Et des paradigmes naturels qui ne le sont plus. Naturels.

Il y a aussi les naturistes du logement neuf. 🙂

Non ! Pas au Cap d’Agde ou autre camp de bord de mer !

Juste ceux qui se trouvent à poil, nus et démunis devant la vacuité de la non politique du logement actuelle.

Mais ça doit être fait exprès… histoire qu’ils aillent se rhabiller ! 😉

 

C’est quoi, une France bien logée ?

Une masse de gens anonymes qu’on range dans des « produits logement » de qualité raisonnable ?

Ou des citoyens auxquels on donne la capacité de choisir leur mode d’habiter et leur trajectoire résidentielle ?

Dans une logique de choix de vie personnelle et d’amélioration de leur condition sociale au sens large ? 🙂

L’habite ne fait pas le moine

C’est un sujet déjà évoqué entre nous il y a 7 à 8 ans, ici même.

Force est de constater que le progrès n’est pas toujours une amélioration, car rien n’a bougé et les esprits se sont même sacrément émoussés.

L’ascenseur social est resté bloqué au rez-de-chaussée.

Les moines en charge du logement n’ont pas du prier assez ardemment. Et les petits coqs se sont fait plumer. 🙂

L’état, en ce compris tous les gouvernants successifs et l’administration régalienne (qui ne régale personne à part elle-même), a déserté le champ de bataille du désir du citoyen d’habiter et de s’élever par le logement.

Tout le monde connait la pauvreté des moyens (et des ambitions) dévolus à l’accession (principalement « sociale ») à la propriété.

Un malheureux PTZ qui ne coûte presque rien et pourtant péniblement renouvelé, un dispositif PSLA inutilement complexe et sévèrement cantonné, un peu de TVA à taux réduit dans les zones QPV où personne ne veut acheter, et c’est tout.

Les ménages n’ont qu’à continuer à en faire (des ménages) pour améliorer leur pouvoir d’achat immobilier… 🙁

Le paradigme d’Adam et Nèfles

Le paradigme naturel du paradis originel de l’accession à la propriété était pourtant celui de l’accomplissement d’une trajectoire sociale ascensionnelle par l’éducation, le travail et le logement.

L’absence de dispositif adapté et généreusement distribué (rappelons nous avec émotion 🙂 du PAP des années 80, dont les travers étaient liés non pas à sa nature mais au niveau élevé des taux d’intérêt de l’époque) ne suffisant pas, l’APL accession a été récemment sacrifiée.

Faut pas mégoter quand on veut des cendres ! 🙂

On est maintenant sûrs – grâce à cet immense effort de mise en cohérence visionnario-budgétaire – qu’aucun profil de ménage social ne peut devenir propriétaire (en dehors du PSLA et des zones QPV).

Des certitudes, dans un monde aussi mouvant, ça fait du bien ! 😉

Bref, Adam est pris pour une pomme et sa compagne s’appellera dorénavant Nèfles.

Histoire de croquer un fruit non défendu, pour une fois ?

Lobotomisation ou le retour des zinzins ?

Ce qui est toujours étonnant, c’est la capacité de certains à dire des bêtises.

Avec parfois le risque de se faire reprendre de volée par un interlocuteur.

Par exemple, une ministre du logement (au hasard ! 😉 ) dit : « L’objectif de production et de soutien à la production du logement intermédiaire demeure donc. Il sera atteint grâce à la prorogation en 2021 et en 2022 du dispositif Pinel ; les investisseurs institutionnels prendront ensuite progressivement le relais » .

En clair, ceci signifie qu’au delà de la prorogation du Pinel sur 2022, l’état veut ensuite favoriser le retour massif des investisseurs institutionnels dans le financement du logement neuf intermédiaire (pas dans les premiers prix du social, cf périmètre réservé HLM, ni dans le libre par définition non réglementé).

Pourquoi ? Officiellement, le Pinel coûte plus cher que l’aide fiscale (TVA à 10%) aux zinzins (zinzins = les zinvestisseurs zinstitutionnels, bien sûr).

Ceci est possible mais néanmoins stupide car si vous gagnez de l’argent avec le Pinel (ce qui est prouvé), pourquoi faire le jeu des seuls zinzins ?
Faudrait être fou, non ? 😉

On gagne plus en vendant un seul produit ou deux (même avec un taux de marge différent) ?

Bref, l’état est nul et en marketing et en commerce et en finances, mais ceci n’est qu’une confirmation.

Plus gênante est la réaction spontanée des professionnels, symptomatique du recul, dans la pensée de certains acteurs ou décideurs, du poids des trajectoires et destins personnels des français.

La FPI déclare ainsi à juste titre, à propos du dispositif logement intermédiaire promis aux zinzins, qu’elle « fait régulièrement valoir auprès du Gouvernement le fait qu’il a plus vocation à coexister avec le Pinel qu’à s’y substituer, pour trois raisons : les volumes produits par les institutionnels restent très inférieurs au Pinel (50 000 par an), leur zonage est plus étroit (zones les plus tendues), et le risque existe de les voir quitter le marché aussi vite qu’ils y reviennent aujourd’hui » .

L’analyse est bonne et fondée.

Mais trop courte. Car on oublie là aussi la dimension humaine de nos investisseurs.

Pourquoi vouloir à tout prix faire le lit d’institutions ou grands groupes au détriment de la constitution d’un patrimoine locatif par les citoyens qui le veulent et le peuvent ?
Cet argument là, qui n’est pas technique mais relève de la vision d’une société, aurait été magistralement relevé par quelques anciens (mais pas CRO anciens quand même, hein ! 🙂 ).

Preuve que même des esprits tout à fait intelligents finissent – sous l’effet d’une médiocrité conceptuelle ambiante – à ne plus s’insurger de la préférence donnée par l’état à des corps constitués au détriment d’une prise directe en faveur des ménages et citoyens.

Vous avez dit dérive sociétale ? Ou résignation / accoutumance à un discours lénifiant et incohérent ?

Comme si l’institutionnel était une personne vivante et la somme des situations personnelles d’êtres bien vivants et sensibles un simple agrégat négligeable d’intérêts personnels (bouh, le vilain mot 🙂 ).

Donner à manger à de si gros matous quand autant de petites souris ont faim, est-ce bien raisonnable ?

Faut vraiment avoir des raisons de les aimer… 😉

Gros matou, alias CROmatou
Ben quoi, il est où le problème ? Ils sont gentils, les CROmatous, non ???

Quelle monumentale erreur d’appréciation et quel manque de vision et d’ambition…

Ce que l’on appelait autrefois l’ascension sociale, et qui passait pour beaucoup par une trajectoire résidentielle ascendante, est donc un concept jeté aux oubliettes.

Un peu comme s’il était dépassé, alors qu’il n’y a sans doute rien de plus urgent et important que de remettre un pays en marche (sans moquerie, hein, vous me connaissez CRO 🙂 ) en insufflant à chaque ménage cet espoir de progression dans la vie et dans la société.

Bref, tout remettre à l’endroit, parce que l’enfer du décor est moins reluisant… 😉

 

Ah, le paradigme naturel, c’est aussi votre préféré ?
Bonne semaine à tous ! 🙂

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